‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 2)Chapitre 100 sur 455 · LIVRE XXXI · texte numérisé non relu

LIVRE XXXI

aussi précisément qu'on le lui marquait répondit à ce dernier billet de M. Arnauld par cet autre du 30 :

« Je vous mandai hier le voyage que l'on désirait de moi pour l'affaire de Louvain, mais on ne me marquait point dans ma lettre cette alternative touchant le suhjicimus. Un sermon que je dois prêcher dimanche après- midi m'a empêché de partir aussitôt que j'aurais fait sans cela. Ce sera à cheval, et non par la voie du coche, qui ne part que le mardi et le jeudi, et que je veux éviter. M. de Beauvais aura la bonté de me faire donner un de ses chevaux, mais il faudra revenir promptement pour la visite. Quant à votre billet du 28, que je viens de recevoir par M. Haslé, au lieu que celui de M. Beaupuis du même jour me fut rendu dès hier, je ne puis vous en dire autre chose, sinon que je [ne] me suis engagé par ma réponse qu'à faire un voyage, sans approuver ni improuver la formule de Louvain, que l'on avait ici blâmée quand elle parut. Mais les articles que l'on y ajoute en pourraient peut-être dissiper l'obscurité, si ce n'est que ceux à qui on veut écrire y fissent de leur côté quelques retranchements, et ne publiassent que ce qui leur serait favorable. Une contre-lettre séparée m'a toujours paru une nouveauté en matière de religion, et si on y entre, il s'en faut servir comme d'une précaution surabondante, et non pas comme d'un acte absolument nécessaire. Je tremble pour tout ceci et ne sais que vous écrire. Prions Dieu plus que jamais ».

M. l'abbé de Pontchâteau ayant eu communication du grand écrit de M. Arnauld touchant le subjicimus, et delà proposition qui s'était faite de se servir de la formule de Louvain, avait aussi témoigné sa peine sur ces accommodements trop subtils, et lui avait écrit ce billet le vendredi 23 mars :

« Voici la copie que vous m'avez ordonné de faire pour vous. Je n'ai pas eu le loisir d'en faire une pour moi, ainsi je garderai encore par votre permission l'original. Il me semble que plusieurs de ces raisons peuvent être employées contre le religiosam observantiam.

« 1° L'on s'engagera pas là à ne défendre pas Jansénius.

Vheure à peu près que vous annverez, f enverrai une personne vous attendre au sortir du coche. »

« 2" L'on pourra dire, que cet acte selon l'inlention de ceux auxquels on le donnera, principalement du pape, signifiera autre chose que ce que vous avez dans le cœur. Et qui peut assurer qu'il vienne un bref pareil à celui de Louvain? C'est de quoi il faudrait être assuré auparavant.

« 3° Une déclaration serait encore nécessaire pour expliquer ce que Ton veut dire par religiosam observantiarriy etc. Ce sont les premières raisons de l'écrit qui peuvent être appliquées selon mon sens à l'occasion présente; et ce que vous m'avez dit en secret, et que je conserve de même, est ce qui me fait douter de l'afifaire. Car je ne me persuaderai jamais que le P. Ferrier s'atteste au P. Annat '. La rétractation des écrits sera sans doute une des conditions, et les Jésuites ruineraient aisément tout ce qu'on aurait fait. Tout cela me fait conclure que le religiosam^ etc., ne se peut admettre; 2° que quand bien même, par un excès de condescendance que je n'approuverais jamais, et sur laquelle je ne dirais mot par respecta ceux {sic) qui l'admettraient, on le trouverait bon, on n'aurait pas cette paix tant désirée. J'en suis tout à fait persuadé, et quoique ces choses et plusieurs autres me vinssent dans l'esprit quand j'eus l'honneur de vous voir, je ne vous en dis rien, parce qu'il ne faut pas juger précipitamment des choses ; et je ne pris point la liberté de vous demander votre pensée, parce que je ne voulais pas qu'elle me fît balancer de côté ou d'autre, et que je me voulais déterminer selon mes lumières, que je soumettrai néanmoins toujours aux vôtres, que j'ose vous demander pour mon instruction particulière et de quelquesuns de nos amis que je vois quelquefois. Je vous demande pardon de la liberté avec laquelle je vous parle. »

M. Arnauld avait dans cette grande affaire toute l'inquiétude que l'on peut s'imaginer, ayant à se défendre tout à la fois de la malignité de ses adversaires et de la prévention de la plupart de ses amis. Aussi est-il malaisé de concevoir comment il pouvait suffire à tant de lettres et à tant d'écrits pendant une maladie qui le tenait au lit depuis plusieurs jours. Il ne laissa pas néanmoins d'écrire encore une grande lettre le 31 mars à M. Hermant en ces termes :

« J'ai adressé à M. Haslé une lettre pour vous dans

Page 1