‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 2)Chapitre 99 sur 455 · LIVRE XXXI · texte numérisé non relu

LIVRE XXXI

M. Nicole. Car on vous communiquerait beaucoup de choses bien plus aisément qu'on ne les peut écrire. J'ai cru selon votre lettre que pourvu que la déclaration se vît comme l'acte de soumission, il suffirait pour la conscience. Car cela satisfait à toutes vos difficultés. La nécessité et Tétat des choses obligent à ne pas considérer les autres raisons où la conscience n'est point blessée. C'est ce qui me fait insister [pour] que cette déclaration soit aussi publique que l'acte le sera, et ce qui m'a fait consentir à le faire en posant cette condition, quoi qu'il y a peu d'apparence que la paix s'en ensuive. Mais je laisse Tévénement à Dieu, et me contente de faire ce que je dois et ce que je puis eu égard à toutes les circonstances.

« Je crois que si j'avais Thonneur de vous voir, je vous en ferais demeurer d'accord.

« J'ai dressé sur cette proposition une relation où Ton rapporte les raisons pour et contre du subjicimus, pour servir à faire connaître, si on s'en servait, qu'il ne signifierait point la créance du fait, mais seulement le respect et le silence. Je n'ai point toutefois répondu de votre sentiment à M. de Comminges. Ce qu'on a proposé de Louvain serait bien meilleur et peut-être ferait plutôt la paix. Je n'y trouve aucune difficulté. Je crois que s'il faut s'y arrêter vous n'y en trouveriez pas non plus. J'y vois tous nos amis entièrement portés.

« Nous savons que le P. Ânnat ne s'en contentera pas, mais nous sommes résolus de le faire malgré eux, et si cela est, ils y seront fort empochés, et auront bien de la^ peine d'empêcher que le pape ne s'en contente. Il s'agit de rendre M. de Comminges favorable en cela. Voyez donc en ce cas ce que l'on ferait. On dresserait un acte dont je vous envoie le projet, on le signerait et on le mettrait ès-mains de M. de Comminges, et ainsi on consommerait l'aff'aire ici. On pourrait l'envoyer au pape avec une lettre. Voyez s'il vous plaît cet acte, et mandez si vous le trouvez bien. Je vous l'ai déjà envoyé mais on y a ajouté une préface et quelques mots.

« Pour la lettre aupape^M. de Comminges en a dressé une que je trouve fort bien, hors quelques mots : unus pastor et unum ovile; et à la fin on dit : Constitutiones suscipimus. M. Girard en a aussi dressé une que je vous envoie. Je n'ai pas trouvé tout le commencement bien, parce qu'il n'est pas

assez élevé et qu'on s'y accuse trop. Le récit qu'il fait de la chose est bien, et je le trouve nécessaire, sauf à le mettre mieux. Sur ces trois lettres, il s'en pourrait dresser une que M. Nicole pourrait faire aisément. Il faudrait y apporter diligence. M. Guillebert vous doit encore envoyer la sienne et celle de M. de Comminges. Il faut assurément surseoir le Journal * dans cette conjecture, et voir tout ce que ceci deviendra. On ne pourrait pas un plus grand contretemps % et je vois tous les amis dans une étrange alarme qu'il ne paraisse maintenant, et que tout n'en soit ruiné et confondu. J'en ai assez écrit déjà, et en écris encore à l'auteur*.

« Je vous envoie une relation succincte de nos conférences qu'il faudra tenir toute prête en cas de besoin. Je vous prie de la lire et de me la renvoyer. On a dit que vous pourriez aller aux champs, mais je ne crois pas que vous pensiez à quitter Paris en l'état où sont les choses, ne se pouvant ni faire ni rompre sans vous. Enfin je voudrais bien vous pouvoir entretenir, ou au moins M. Nicole. » Ceci se passait vers le temps de Pâques, et M. d'Andilly voulait engager M. Hermant de venir en diligence à Paris aussitôt après les fêtes pour dresser aussi une lettre au pape sur ce nouveau formulaire de Louvain, et conférer avec lui touchant le subji^ cimus. Mais quoique M. de Beauvais son évêque ne s'opposât point d'abord au voyage de ce chanoine de son église, afin de pouvoir apprendre par son moyen le mystère de cette négociation, qui lui avait été caché jusqu'à ce tempslà, à condition néanmoins qu'il reviendrait promptement pour l'accompagner dans la visite de son diocèse, néanmoins la chose ne se put exécuter en la manière que l'on souhaitait, parce que M. Hermant s'était engagé de prêcher le dimanche de Quasimodo dans une paroisse de la ville. Dans cet intervalle, il reçut de M. Arnauld ce billet du 28 mars :

« J'ai appris qu'on vous avait mandé pour venir à Paris, j'en suis bien aise * » M. Hermant ne pouvant partir

Page 1