‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 2)Chapitre 104 sur 455 · LIVRE XXXI · texte numérisé non relu

LIVRE XXXI

il y a longtemps un livre que je croyais que le service de l'Église désirait de moi, et à l'impression et publication duquel je me résolus enfin, après beaucoup de délais, il y a environ deux ans. Je l'avais pour ce sujet fait imprimer Tannée dernière, et j'étais sur le point de le publier lorsqu'on a commencé déparier de cet accommodement. Quoique je crusse que ce livre pouvait y contribuer quelque chose, et que pour le faire imprimer j'eusse dépensé une somme tout à fait considérable pour le peu de bien que j'ai, de peur néanmoins que le mauvais usage qu'on en pourrait faire ne lui fit avoir un effet contraire à mes intentions, je m'étais rendu aux prières qu'on m'avait faites de le supprimer, dans l'espérance qu'on me donnait que cet accord pourrait réussir sans que je le publiasse. Et j'aurais été ravi de sacrifier ces intérêts temporels aussi bien que cet ouvrage à la paix de l'Église, si on l'eût pu acheter par ce moyen. Mais la rupture, Monseigneur, qui est arrivée, et la disposition d'esprit que nos parties ont fait paraître dans tout ce traité m'ont fait connaître plus clairement que je n'avais encore fait que cette voie qu'on prenait pour arriver à la paix n'était pas capable de nous y conduire, et que le seul moyen d'en établir une solide était de dissiper par l'éclaircissement de la vérité ce fantôme d'hérésie imaginaire dont on se sert pour entretenir le trouble et la division dans l'Église. Je me suis donc résolu, Monseigneur, de n'écouter plus sur ce sujet que le mouvement de ma conscience, qui me pressait de rendre compte à l'Église de ce qui s'est passé dans cette affaire importante pendant que j'y ai eu quelque part. Je me tiens assuré que la postérité me saura quelque gré d'avoir préféré l'obligation que j'avais de l'informer de ce qu'elle ne pouvait savoir exactement que par moi à tous les intérêts qui m'en pouvaient détourner; et j'espère même que dès ce temps-ci, s'il se trouve des personnes assez prévenues pour condamner mon dessein, il s'en trouvera d'assez équitatbles pour le justifier et pour le défendre. Car qu'y a-t-il de plus juste et de plus légitime à des personnes accablées par la calomnie, que d'exposer par un récit sincère et modéré toute leur conduite aux yeux de l'Eglise, afin que tout le monde puisse juger de leur innocence ou de leur crime? Et qu'y aurait-il de plus injuste que de leur interdire une défense si innocente, en même temps que

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leurs adversaires publient contre eux des libelles pleins de fureur, qu'ils ont eu même la hardiesse de présenter au roi dans le temps même qu'ils feignaient de n'avoir que des pensées d'accommodement et de paix?

« Il est nécessaire, monseigneur, que puisque les Jésuites ne veulent en aucune sorte écouter la raison, on tâche de la faire entendre aux autres; et peut-être même que. Dieu permetira que, plusieurs personnes étant détrompées, ils le seront enfin eux-mêmes et se rendront plus faciles à consentir à la paix, étant certain, comme on Fa reconnu par expérience, qu'ils sont pour la plupart mal informés du fond de cette affaire, et qu'ils s'imaginent les choses tout autrement qu'elles ne sont. Ainsi ce livre pourra peut-être contribuer plus qu'aucun autre à établir une paix ferme et stable, puisqu'il éclaircit plus qu'aucun autre plusieurs points importants, dont l'embarras a été cause eu partie de cette mésintelligence.

v< Si je pouvais espérer, monseigneur, que tant d'emplois importants qui vous divisent vous laissassent un peu de temps pour le lire, je me tiendrais assuré que vous y reconnaîtriez ce que je dis, et môme que ce que j'y rapporte dans une simple naïveté vous ferait faire des réflexions et tirer des conclusions dont je ne me suis pas avisé moimême, et que je me suis abstenu de toucher, entre autres raisons par la crainte que j'ai eue de passer les bornes d'un pur historien. Mais quoique la .grosseur de ce volume m'ôte la hardiesse de vous inviter de le lire, je n'ai pas laissé de m'estimer obligé de vous en présenter un exemplaire, qui vous sera rendu avec cette lettre, et de m'acquitter envers vous de ce devoir, tant pour le respect que je dois à votre dignité que pour laisser dans votre bibliothèque ce gage des ressentiments sincères que j'aurai toute ma vie de tant de faveurs particulières que j'ai reçues de votre bonté. Je ne puis vous dire, monseigneur, ni combien je m'en estime votre redevable, ni combien je m'estime heureux de me pouvoir dire avec autant d'affection et de sincérité que je le suis, etc. »

La seconde lettre de M. de Saint- Amour qui se trouve dans ce recueil manuscrit était écrite à M. de Péréûxe, nommé par le roi à l'archevêché de Paris, et datée du mercredi-saint, en ces termes :

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