LIVRE XXXI
€. Monseigneur,
« Quoique je ne demeure plus dans le diocèse pour la conduite duquel le roi vous a choisi, et que je n'y aie jamais eu aucune fonction fixe et permanente, néanmoins la naissance, le baptême et les premiers ordres sacrés que j'y ai reçus me donneront toujours pour ce diocèse des sentiments de tendresse et d'inclination, et m'inspireront toujours un respect particulier pour les personnes qui en rempliront le siège. Je me croirais obligé par cette seule considération de ne pas mettre au jour le volume qui vous sera rendu, monseigneur, avec cette lettre, sans vous en présenter un exemplaire. Mais votre qualité de proviseur de la maison de Sorbonne, dont j*ai l'honneur d*être docteur, est encore à mon égard une obligation plus étroite de m'acquiller de ce devoir. Et enfin, quand tant de raisons ne m'y obligeraient point, j*y serais assez engagé par les anciens témoignages de bienveillance que vous m'avez autrefois donnés et que je n'oublierai jamais. Je voudrais qu'il me fût possible de vous donner d'autres preuves des ressentiments que j'en ai. Vous connaîtriez qu'il est difficile que personne en ait qui soient plus sincères et plus désintéressés. Je vous supplie, monseigneur, de me faire la faveur de vouloir le croire, et de me permettre de vous dire encore qu'outre les motifs généraux que j'ai eus de publier le livre que je vous envoie, que vous pourrez voir dans la préface, j'en ai eu plusieurs autres, dont je ne puis vous dissimuler que les principaux regardent le service du roi aussi bien que celui de son État. J'ai cru que le respect que je devais à Sa Majesté m'obligeait de m'en taire dans le public, mais que la fidélité que je lui dois, et les intérêts que vous devez prendre en ce qui le touche me donnaient droit de vous dire ce mot en particulier. Votre propre lumière, monseigneur, vous fera sans comparaison mieux connaître ce que je veux dire que je ne saurais vous l'expliquer, et après avoir seulement ajouté ici que quand des personnes très innocentes n'ont été rendues suspectes à leur roi que par des impostures et des calomnies, leur roi a très grand sujet de reconnaître leur innocence.
u Je finirai en vous suppliant de croire que je suis et que je serai toujours avec tout le respect et toute l'afifection que je dois... etc. »
La troisième lettre de ce recueil est écrite à M. le cardinal d'Estrées, en date da mercredi saint :
« Monseigneur,
« Je me suis trouvé si redevable aux bontés que Votre Altesse a eues pour moi en diverses rencontres qu'en ayant toujours conservé les ressentiments, je me suis aussi toujours cru obligé de lui en donner des marques dans les moindres occasions que j'en aurais. C'est pourquoi, m'étant résolu de mettre au jour le volume que Votre Altesse recevra avec cette lettre, j'ai estimé que mon devoir m'obligerait de lui en offrir un exemplaire.
« Jevous supplie, monseigneur, de l'avoir aussi agréable que je désire qu'il vous le soit. La qualité de la matière que j'ai traitée m'a obligé d'y parler de Votre Altesse en deux ou trois endroits, entre autres dans la seconde partie et au commencement de la troisième, et quoique le sujet me resserrât dans les bornes d'un pur récit, j'espère que Votre Altesse sera contente de ce que j'ai dit d'elle, et qu'elle reconnaîtra mieux que je ne pourrais l'exprimer ici avec combien de sincérité et d'estime pour elle j'ai le bonheur d'être, etc. »
La quatrième lettre, datée du mardi saint, est adressée à M. le cardinal Barberin en ces mots :
« Monseigneur,
« Le silence continuel dans lequel je suis demeuré depuis neuf ans à l'endroit de Votre Éminence n'ayant été qu'un effet du respect que j'ai pour elle ne m'empêchera pas de lui écrire aujourd'hui avec la même confiance qu'elle m'a autrefois permis de le faire, puisque ce n'est que ce même respect qui m'y oblige.
« Tant de témoignages de sa bonté pour moi qu'elle pourra voir dans le livre qu'elle recevra avec cette lettre en seraient autant de méconnaissances, si j'avais manqué de lui en envoyer un exemplaire au même temps que je me suis trouvé obligé de le donner au public pour le service de l'Église.
« Le rang que Votre Éminence y tient, monseigneur, et l'autorité qu'elle y possède l'obligeant de prendre part à tous