‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 2)Chapitre 107 sur 455 · LIVRE xxxr · texte numérisé non relu

LIVRE xxxr

autant qu'à personne à qui il puisse être présenté, tant il y est parlé de vous et de choses que vous connaissez. Il y en a tant de cette sorte que je ne sais si elles ne surpassent point le nombre des autres. Mais si cela est cause, monsieur, que je n'ose vous inviter à le lire par l'espérance de ce que vous y pourrez apprendre de nouveau, j*ai au moins la confiance de vous dire que vous y verrez une image assez fidèle de beaucoup de celles qui se sont passées devant vous et dont vous avez été témoin. Vous le serez monsieur, encore à vous-même de ce que je vous dis par la lecture que je vous supplie d'en faire; et vous m'obligerez, s'il vous plaît, de croire que si vous avez autrefois reconnu quelque sincérité dans mes paroles et dans tout le reste de ma conduite touchant les affaires que je poursuivais à Rome, il n'y en a pas moins dans ce récit et dans les assurances que je vous renouvelle par celte occasion de mon estime pour vous et de Talfection avec laquelle je suis, etc. »

Ces six lettres de M. de Saint-Amour, accompagnées de la distribution de sept exemplaires à des personnes de cette qualité, tant en France qu'en Italie, étaient un grand engagement pour l'entière publication de son Journal. Ceux qui le connaissaient particulièrement ne doutaient pas qu'il ne fût tout à fait disposé à ne compter pour rien la dépense qu'il avait faite pour l'impression de cet ouvrage, si sa suppression eût pu être utile à la paix de l'Église. Mais il n'y avait que ceux qui voulaient bien se tromper que cette paix fût capable d'éblouir en la considérant comme une chose réelle et solide, pendant que les Jésuites, plus fiers, plus emportés et plus irréconciliables que jamais, commettaient tant d'actes d'hostilité, et tenaient l'épée sous la gorge des disciples de saint Augustin pour exiger d'eux des rétractations de leurs écrits après les plus grands et les plus honteux abaissements. Mais après les avances que M. de Saint- Amour avait faites d'écrire à Rome à M. Tambassadeur, à deux des plus éminents cardinaux et à Pun des assistants du général de l'ordre de Saint-Dominique en leur envoyant des exemplaires de son livre, il n'y avait plus d'apparence de reculer, puisque son Journal pouvait être condamné à Rome avant qu'à peine l'on sût en France qu'il fût imprimé. Et quoique cette censure ne dût

pas paraître fort considérable à l'égard des personnes qui savent de quelle manière on s'y conduit au delà des monts, néanmoins il était absolument nécessaire pour sa justification que cet ouvrage parût, étant capable de lui-même de se soutenir par ce caractère de vérité qui y règne dans toutes les pages. Ce fut ce qui l'obligea de se préparer et de se munir contre les plaintes et les reproches de ses amis aussi bien que contre les invectives sanglantes de ses plus cruels ennemis, et de publier son livre aux premiers jours du mois d'avril.

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