‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 2)Chapitre 127 sur 455 · V. Œuvres d' Arnauld, t. XXI, p · texte numérisé non relu

V. Œuvres d' Arnauld, t. XXI, p

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frères tout à la fois contre lui, toucha M. de Sacy leur commun neveu; et quoique son génie l'eût éloigné de toute sorte de contestations, sa piété néanmoins et sa lumière aussi bien que son bon naturel l'obligea de regarder comme une injustice le traitement que l'on faisait à ce docteur. Ce fut le sujet de la lettre qu'il écrivit le 8 avril à une personne de leur famille :

« J'attends le papier que vous m*avez promis de m'envoyer, mais je ne puis m'empêcher de voas dire que ce que j'ai su de la manière dont M. d'Andilly a engagé M. d'Angers à écrire sur l'affaire présente m'occupe sans cesse Tesprit, et que je ne puis penser à autre chose. Était-ce donc une chose si peu importante de diviser deux personnes si unies et dont Funion était si importante à l'Église, que cette rupture se dût faire avec tant de précipitation, et de la manière du monde la plus éloignée de la bonté, de la modération et de la sagesse de M. d'Angers ? Car si on ne lui avait pas représenté la chose tout autrement qu'elle n'était en effets je ne doute nullement que l'amour si tendre et l'estime particulière qu'il a pour la personne, pour la vertu et pour le zèle de M. Arnauld l'aurait empêché de recevoir l'opinion désavantageuse qu'on s'est efforcé de lui en donner, et que cette prudence que la nature et la grâce lui ont rendue propre lui aurait fait pratiqueren cette rencontre cet excellent avis du Sage : « Priusquam intev' rogeSf ne vitupères quemquam, et cum interrogaveris , corripe juste. Mais ce qui m'est encore plus sensible en cette occasion, c'est que je vois clairement qu'on l'a très mal informé de la disposition et de la conduite de M. Arnauld: Car on lui a fait croire que lui seul s'oppose à ce suscipimus comme on le propose maintenant, et que tous les autres s'y rendent ou s'y rendront sans peine s'il le reçoit. Et cependant j'ai vu les trois docteurs qu'on cite comme les auteurs de cet avis, qui dirent devant nous que cet expédient ne valait rien du tout, et s'étant assemblés sur une autre proposition, ils ne délibérèrent pas seulement de celle-ci, supposant qu'elle était entièrement insoutenable. Le principal d'entre eux, qui est M. Guillebert, dit même ces quatre raisons pour montrer que cet expédient devait être rejeté absolument :

«La première, qu'on ne trouvera jamais dans toute la suite

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de rÉglise une conduite pareille à celle-là, qui est de dire une chose dont le sens naturel vous condamne de mensonge parcequ'il est contraire à la pensée de votre cœur, et de l'expliquer par une autre chose, comme par une contrelettre. Et qu'ainsi des théologiens ne doivent pas se servir d'une conduite qui est si irrégulière, inouïe et sans exemple.

« La seconde, que ce moyen doit passer pour ridicule dans l'esprit des personnes vraiment sages. Car si c'était un supérieur qui eût fait cet acte, comme les évéques ont fait le formulaire, et qu'il l'expliquât, quoique d'une manière obscure et éloignée, on pourrait dire qu'il a droit de vous présenter des termes, quelque obscurs qu'ils soient, et que s'il y donne un sens qui soit conforme à votre pensée, il met votre conscience à couvert. Mais ici c'est nous-mêmes qui avons choisi ces termes. Et ainsi on a droit de les prendre au sens qui leur est naturel, et de se moquer de nous si nous prétendons qu'ils doivent signifier tout autre chose. Car c'était à nous à prendre des termes conformes à notre pensée, et non pas à forcer notre conscience par une explication forcée qu'on rejettera avec raison.

« La troisième, est que ce moyen est entièrement inexécutable. Car pour être sincères, et pour n'être point accusés justement d'avoir voulu surprendre le pape, il faudrait que la déclaration de M. de Commingesqui expliquerait cet acte fûl rendue au pape avec l'acte même. Et cependant, outre la difficulté de trouver un homme qui s'en veuille charger, il estsans apparencequ'il l'osât présenterau pape, puisqu'on n'a pas seulement osé lui parler de l'appel qu'on a interjeté au mandement des grands-vicaires, quoiqu'il fût beaucoup moins off*ensantque cet acte.

« Quatrièmement, non seulement ce moyen ne donne point la paix, mais il excite même une guerre et une persécution beaucoup plus cruelle que celle-ci. Car jusqu'à cette heure on a parlé avec grand respect de la constitution dans tous les écrits. Mais alors il faudra dire nettement et publiquement qu'on ne la croit point, et ainsi on offensera beaucoup davantage les puissances, et en même temps il sera sans comparaison plus difficile de se justifier après cette déclaration. Car jusqu'à cette heure, l'uniformité et la sincérité avec laquelle on s'est toujours conduit dans cette affaire a

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conservé au moins aux défenseurs de la grâce une estime de probité dans l'esprit* des personnes sans passion, sans prévention et sans intérêt. Mais alors il faudra combattre contre ses propres paroles'et démentir ce qu'on aura signé; ce qui nous fera passer pour des personnes sans foi, sans honneur et sans conscience.

« Voilà les quatre raisons que j'entendis dire alors à ce docteur, ce qui fait voir qu'il est dans ce sentiment, non seulement à l'exemple de M. Arnauld, mais par sa lumière. On pourrait ajouter à ces raisons que cet acte, que tout le monde avouait être mauvais s'il était seul, est devenu encore pire par la lettre même qu'on prétendait devoir seule le rendre bon. Car bien loin d'être la justification, c'est plutôt la condamnation de ceux qu'on a prétendu défendre par là, et ce qui est encore plus déplorable, c'est qu'en leur imposant des sentiments contraires aux leurs, on leur fait prononcer leur condamnation par leur propre bouche. Mais il est inutile de vous faire remarquer cette raison, puisqu'elle est si bien représentée dans la lettre de M. Ârnauld à M. d'Angers.

« Il est encore très considérable que M. de Beau vais rejette aussi entièrement ce moyen de subjicimus avec les docteurs qui sont avec lui. Je vous avoue que si cette mésintelligence entre M. d'Andillyet M. Arnauld continue, ce qu'à Dieu ne plaise, que j'aurais une extrême douleur de voir que M. de Beauvais, qui ne s'est déclaré le défenseur de cette cause que longtemps après M. d'Angers, et encore par l'estime et l'admiration qu'il a eue de sa fermeté et de son zèle, comme il lui a témoigné à lui-même, soit en état de se trouvera l'avenir tout seul pour la soutenir, et qu'ainsi M. d'Angers, après avoir essuyé toutes les difficultés et les périls auxquels il s'était exposé avec tant de générosité et tant de gloire, laisse maintenant tout le fruit de ses travaux et la défense de la justice et de l'innocence opprimée, qui est le partage des évêques, à celui qui a témoigné n'être entré dans ce combat qu'en marchant sur ses pas et sur ses traces. Je vous avoue que je ne puis avoir cette opinion de son zèle et de sa sagesse. Et je veux croire qu'il écoutera cet avis si important que J.-G. donne à un évêque dans l'Écriture:

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