LIVRE xxxit
Tene guod habeSy ne allus accipiat coronam tuam. Je sais que M. d'Andilly croit avoir répondu à toutes ces raisons quand il a dit qu'il faut tout faire pour la paix de l'Église, et que rejeter ce moyen, c'est être ennemi de cette paix. Je crois pouvoir dire avec vérité que personne n'a plus désiré l'accommodement et la paix que moi. J'ai espéré contre l'espérance, et quelques-uns de nos amis ont cru que je témoignais en cela, ou moins de fermeté ou moins de prudence. Mais datis ce grand amour que j'ai pour la paix, j'ai cru en même temps que [dans] l'Église, selon saint Paul J.-G. même qui est la vérité', une paix dans laquelle ceux qui ont défendu jusqu'à cette heure la justice et l'innocence sont obligés de tout abandonner, et de prononcer eux-mêmes leur condamnation, n'est la paix ni de l'Église, ni de la vérité, mais l'oppression de l'une et de l'autre. C'est cette apparence spécieuse de la paix qui trompa saint Thomas de Cantorbéry. Tous les évêques d'Angleterre le pressaient de signer ce que le roi leur demandait qui ne regardait que la discipline. Et il est marqué dans sa vie que le patriarche de Jérusalem se jeta à genoux devant lui, le conjurant de se rendre à l'avis de tous les autres et de ne pas empêcher la paix de l'Église. Il se rendit enfin à ces sollicitations si pressantes et crut qu'il devait préférer la lumière de tous les autres à la sienne propre. Mais aussitôt qu'il eut signé, il s'en repentit; il rétracta sa signature, et étant condamné par tous les évêques d'Angleterre, et presque tous les prélats des autres royaumes comme étant trop arrêté à son sens, après avoir souffert une si longue et une si dure persécution qui fut à la fin cruelle et sanglante. Dieu justifia sa conduite par ses miracles, et il ne laissa pas de devenir saint et martyr, quoiqu'il eût passé pour un superbe et un opiniâtre durant sa vie.
« Je vous dis ces choses comme elles me viennent dans Tesprit, parce que je n'ai que vous à qui j'en puisse parler avec cette liberté, et que je sais que tout ce qui me touche en ceci vous est très sensible. Je ne saurais m'empêcher d'espérer que Dieu préviendra un si grand mal, et que M. d'Angers, étant informé de l'état véritable de cette affaire, empêchera qu'on ne se serve d'une lettre qu'on a arrachée
1. Sic. Peut-être faut-il lire : dans VÈglise^ qui selon saint Paul est la vérité même.
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de lui avec précipitation et sans lui avoir bien représenté l'état des choses, pour le diviser d'avec ceux à qui Dieu l'a uni par tous les liens de la nature et de la grâce.
« Si celle à qui je devais tout vivait encore S je crois qu'elle mourrait de douleur de voir cette division entre des personnes qui lui étaient si chères. Et il me semble aussi comme impossible que M. d'Andilly ne revienne peu à peu de cette disposition où il est présentement. Je ne saurais assez admirer qu'ayant été il y a peu de temps plus fort que nous tous, et nous ayant dit quelquefois que quand nous aurions tous abandonné M. d'Ypres, il le défendrait lui seul, il se laisse emporter maintenant à des raisons vaines et à des prétextes de paix, qui est un piège très dangereux, où les plus grands saints et où des conciles même se sont laissé prendre. Car si la paix est bonne aux conditions qu'on nous la présente maintenant, nous sommes les plus imprudents, les plus injustes et les plus coupables de tous les hommes de ne pas l'avoir faite il y a dix ans, et d'avoir résisté aux puissances et troublé l'Eglise sans avoir signé, puisqu'il est certain que nous aurions fait la paix aisément, si nous avions cru pouvoir signer en conscience ce qu'on nous demande aujourd'hui.
a S'il y avait ici quelques raisons qui puissent servir à M. d'Andilly, vous en userez selon votre prudence dans les occasions qu'il pourra vous -en donner. Je suis tout à vous. »
L'espérance que M. de Sacy témoignait dans celte lettre de voir M. d'Angers revenir bientôt de sa préoccupation quand il serait mieux informé de l'état de cette affaire ne le trompa nullement. Car ce prélat, qui avait été trop crédule au rapport de son frère aîné, ébloui lui-même par une vaine apparence de la paix, ne tarda guère à témoigner son repentir, étant convaincu par les raisons contenues dans la lettre de M. Arnauld, et ne chercha plus qu'à réparer la faute qu'il avait faite.
11 commença à ouvrir les yeux sur l'état où cette nouvelle ouverture pourrait exposer le monastère de Port- Royal, à qui ce malheureux expédient ôtait les moyens de