Livre xxxit
justifier leur conduite, et pour aller au devant d'un si grand mal, il écrivit de La Flèche cette seconde lettre à M. de Comminges, datée du 11 avril :
« Monseigneur,
« Depuis avoir répondu à la lettre du 20 de mars que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire * »
M. d'Angers ne croyait point devoir écrire une lettre moins pressante que celle-là dans la conjoncture où la prompte rupture d'une paix imaginaire allait réduire le monastère de Port-Royal. Mais après avoir déchargé en quelque manière sa conscience par une si instante recommandation, il exposa son embarras et soulagea sa douleur en écrivant de La Flèche, le 15 avril, cette lettre à la sœur Angélique de Saint-Jean, religieuse de cette maison, fille de M. d'Andilly, son frère:
« Je suis toujours fort travaillé de mon rhume, qui m'a arrêté ici; mais je suis incomparablement plus malade de la douleur que je ressens de l'engagement où mon frère d'Andilly m'a mis par la lettre qu'il m'a fait écrire à M. de Comminges, que je voudrais ravoir aux dépens de mon sang. Mais j'avoue que je crus tellement à ce qu'il me mandait sur cela que je n'y fis aucune réflexion. Aussi n'eus-je le temps que de l'écrire bien à la hâte, tant il m'en pressait, et je crus que M. Arnauld était d'accord de tout cela. Vous l'assurerez que j'entre dans toutes ses raisons, et que je suis si éloigné de vouloir plus rien faire en faveur de M. de Comminges, qu'il n'y a rien au monde que je ne voulusse faire pour raccommoder ce que j'ai cassé. Il faut néanmoins que je me ménage avec M. d'Andilly, mais ce ménagement n'ira pas à faire rien de plus pour M. de Comminges, qui ne mérite en façon du monde les éloges qu'il lui donne; mais on peut dire qu'il a agi jusqu'ici comme uu esclave des Jésuites. Enfin voilà ce que j'ai toujours cru que produirait cette malheureuse négociation, qui est de diviser les amis. Non pas que ma pensée ait été jusqu'à croire que M. d'Andilly se fût jamais séparé de M. Arnauld. Cependant je vois Port-Royal perdu sans ressource à moins