V. Œuvres d' Arnauld, t. I, p
LTVRE XXXII 181
[aurait] pu mieux méditer sa lettre à M. d'Angers s'il eût voulut sérieusement qu'elle servît comme d'un baume aux plaies que le simple subjicimus sans commentaire et sans explication faisait à la sincérité chrétienne dans un acte obscur et équivoque. On peut voir aussi par cette réponse de M. d'Andilly qu'elle ne suffisait pas k résoudre les difficultés que M. Arnauld lui avait proposées, et surtout qu'il était visible qu'il aflectait un profond silence touchant les plaintes que ce docteur lui faisait, que toute la dispute retombait sur la question de fait, dool on était convenu de part et d'autre de ne point parler avant que de s'embarquer dans la conférence.
Mais M. d'Andilly bâtissait sur un fondement ruineux en s'autorisant de la lettre de M. d'Angers, qu'il n'avait arrachée de lui que par surprise, et qui n'avait subsisté qu'autant de jours qu'il en avait fallu pour lui exposer le fait dans toute sa sincérité et pour en écrire la rétractation en deux ou trois occasions différentes dont M. d'Andilly luimême devait être le témoin.
Cette lettre de M. d'Andilly ne demeura pas sans répartie, mais M. Arnauld prit quelque temps pour répliquer. Mais quelque affligé qu'il fût, il avait encore assez de force et de charité pour s'appliquer à la consolation des autres. Car M. Hermant, chanoine de Beauvais, étant pénétré de douleur de ce que M. Toussaint Leullier, son cousin germain, bachelier en théologie et promoteur de Beauvais, venait de signer leformulairesurle registreduchapitre pour jouirlibrementde la prébende du feu sieur Cardinal, officiai de la même ville, dont M. de Beauvais Tavait pourvu, et regardant cette chute comme une double prévarication, M. Arnauld lui fit lui-même des remontrances sur cette sensibilité, qui quoique juste lui paraissait trop grande; et lui proposa son propre exemple pour calmer l'agitation de son esprit, en lui représentant ce qu'il était obligé de souffrir lui-même de la part de M. d'Andilly, son frère aîné.
M. de Comminges reçut agréablement la prière que M. d'Angers lui avait faite en faveur du monastère de Port- Royal, et lui envoya le 4 d'avril cette réponse à sa lettre :
« Monseigneur, c Toutes les occasions de vous témoigner le respect que
j*ai pour vous, et mon attachement aux choses qui vous touchent me seront toujours très précieuses; mais celle qu'il vous plaît de m'offrir en me commandant de parler à M. l'archevêque de Paris en faveur d'une si sainte famille me donne une joie particulière, parce qu'outre que je souhaite fort de faire quelque chose qui vous soil agréable, je suis ravi de pouvoir servir des personnes qui ont autant de vertu que celles dont vous me faites l'honneur de me recommander les intérêts. Soyez donc assuré s'il vous plaît, monseigneur, qu'ayant déjà commencé de parler à M. de Paris au?si avantageusement pour elles qu'il m'a été possible, je continuerai tant que je serai en cette ville, d'où je fais ce que je puis pour m'arracher, croyant n'y être plus nécessaire pour le service de l'Eglise. On m'y a toujour arrêté dans l'espérance que Notre Seigneur disposerait enûn les cœurs à une entière réunion. Mais enfin je crains que la fermeté de toutes les parties ne rende les difficultés insurmontables, quoiqu'elles me paraissent de petite importance après les pas qu'on a faits. Mais il ne faut pas moins adorer les secrets de la Providence de Dieu dans les choses qu'il permet que dans celles qu'il ordonne.
« Je vous demande part en vos prières et en vos saints sacrifices, et vous supplie très humblement de croire que je suis très sincèrement, etc. »
On ne peut douter qu'il ne s'acquittât de cette office envers M. de Paris; mais on verra dans la suite que les effets de sa recommandation seront peu considérables, et que la rupture de ce traité de paix accablera devant les hommes ces vierges sages, dont les lampes ont toujours paru pleines d'huile, sans que le vent des plus violentes tentations ait été capable de [les] éteindre, au moins pour la plus grande partie [de celles] qui composaient cette sainte communauté.
Il arriva tant de choses à la fois dans cette grande aflaire de l'Église pendant tout le mois d'avril, qu'étant impossible de les rapporter toutes ensemble, il faut remonter aux premiers jours pour en raconter quelques célèbres événements.