‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 2)Chapitre 133 sur 455 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Publication d'un écrit de M. Ck)urtot intitulé : Manuale catholicorum et du Journal de M. de Saint-Amour. Ces deux ouvrages excitent une nouvelle tempête. Le lieutenant civil les condamne au feu.

On traitait encore la paix de l'Église, et Tespérance d'en accommoder les différends avait fait suspendre les armes en public depuis quelque temps, lorsque M. Courtot, autrefois prêtre de l'Oratoire, mit en lumière un petit ouvrage mal digéré intitulé : Manuale catholicorum ad sedandas hodiernas controversias. Cet homme, qui était connu de tout le monde pour se laisser emporter dans toutes les occasions à un zèle impétueux et fort indiscret, et qui ne prenait jamais conseil que de sa tète, avait fait imprimer ce petit livret il y avait déjà sept ou huit ans, mais il s'avisa dans ce temps-là d'en faire une seconde édition après l'avoir un peu grossi et avoir mis à la fin l'arrêt du Parlement de Paris contre la thèse de Droue4. Et afin que Ton y fit réflexion, il avait mis dans le titre de son livre que sa doctrine confirmait la justice de cet arrêt.

Ayant divisé cet ouvrage par chapitres, il y avait mis des titres à son ordinaire, selon que son caprice les lui avait inspirés. Ce fut l'occasion de tout le bruit, car il avait mis en l'un : De communi jure omnium episcoporum, et cela donna lieu de l'accuser de ne mettre point de différence entre le pape et les évéques. On Taccusa de vouloir renouveler le jansénisme dans le temps même que l'on travaillait pour l'assoupir, à cause qu'un autre de ses chapitres était intitulé : Contra Bagotianos et Molinistas; et les sectateurs de Molina commencèrent à publier partout que l'on voyait bien l'usage que les jansénistes commençaient à faire du dernier arrêt du Parlement. M. de Harlay, procureur général de cette cour, qui honorait M. Brousse de son amitié, lui en fit de très grandes plaintes; mais ce docteur fit ce qu'il put pour l'adoucir en lui représentant Thumeur et l'indigence de M. Courtot, qui ne suivait que son caprice et faisait toutes choses de sa tête. Ce que l'auteur fit de mieux fut de se retirer proroplement pour ne pas tomber entre les mains de ceux qui le

cherchaient. Car quoiqu'il n*ait pas mis son nom dans cet ouvrage, il voulait bien que Ton sût qu'il en était l'auteur, et ce fut une espèce de miracle de ce qu'il n'était pas devenu la première victime de l'indignation des Jésuites et de leurs fidèles partisans.

Le 4' jour du même mois. M. Colbert', secrétaire des commandements du roi, écrivit à M. Le iNoble*, lieutenant général du présidial de Troyes, sur le sujet d'un livre imprimé depuis peu en Hollande, que l'on disait être contre le roi et son État. Sa Majesté ayant eu avis qu'il y en avait sept ou huit ballots de chargés pour Troyes, d'où ils devaient être distribués dans les provinces, il ordonna à ce magistrat d'en faire une recherche exacte chez les libraires, et entre autres chez le nommé Le Fèvre, qui était le libraire du collège dans lequel les prêtres de l'Oratoire enseignent la jeunesse de la ville. Il joignit la lettre qu'il lui écrivait à l'ordre du roi qui portail : «Sur l'avis qui nous a été donné qu'il devait se décharger dans votre ville des ballots de livres imprimés en Hollande qui sont contraires à notre autorité et au bien de notre État, nous vous enjoignons, dès la présente reçue, que vous ayez à vous transporter chez le nommé Le Fèvre, libraire du collège, pour faire chez eux' une recherche très exacte des ballots et les saisir tous, et les faire enlever chez vous, en quelque part que vous les trouviez. »

Le jour même que ce magistrat reçut cet ordre, il se transporta chez les nommés Oudot et Le Fèvre, libraires, et fit chez eux une perquisition très exacte de ces ballots, non seulement en interrogeant leurs domestiques hommes et femmes, mais en cherchant dans tous les lieux de leurs maisons, chambres, greniers, caves, et jusque dans les paillasses des lits. Et comme il n'y trouva rien, il alla même chez leurs voisins, dans la créance que ces ballots auraient pu y être déchargés pour plus grande sûreté, mais tout cela inutilement. De là il alla à l'hôtellerie des Trois Mores, où

1. Jean-Baptiste Golbert, marquis de Seignelai, ministre d'État et contrôleur général des finances (1619-1683).

2. Eustache Le Noble, baron de Saint-Georges (1643-1711) lieutenant général du présidial de Troyes. Auteur de nombreuses publications.

3. On va voir qu'il y avait deux libraires du collège de Troyes.

Page 1