‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 2)Chapitre 14 sur 455 · LIVRE XXXI · texte numérisé non relu

LIVRE XXXI

Plessis-Guénégaud, cousine et confidente de M. Tévêque de Comminges, il reçut d'elle ce billet lell*jourde décembre :

« Vous m'épouvantez quand vous me dites qu'il y a des difficultés, M. de .... croyant que toutes les choses se peuvent accommoder. Au nom de Dieu, aplanissez toutes les difficultés avant que les gens arrivent. Tout serait perdu sans ressource si cette affaire se rompait. »

Il faudrait ne pas connaître l'esprit des gens du monde et de la cour pour être surpris de la crainte de cette dame, qui ayant conçu beaucoup d'affection pour Port-Royal ne consultait que son cœur, sans considérer que cette affaire n'était ni de sa profession ni de sa portée. Cependant M. d'Andilly ne différa pas de lui faire cette réponse pour faire cesser son inquiétude :

« Je vous supplie de poser pour fondement indubitable touchant l'arbitrage, que vous ne sauriez l'affectionner davantage que moi, et qu'il n'y a rien que je ne fasse et veuille faire pour tâcher d'y contribuer, si je suis si heureux que de le pouvoir, dont j'ai de si bons témoins que quand vous n'auriez pas, comme vous avez, une entière confiance en mes paroles, vous ne pourriez en douter.

« Mais est- il possible que vous croyiez qu'ayant affaire aux personnes à qui Ton a affaire, il ne s'y rencontre pas de grandes difficultés?

« Je les tiens telles à cause de leur humeur, et de la confiance qu'ils ont en leur crédit, que vous savez que j'ai toujours dit que toute mon espérance était fondée sur l'entremise de M. de Comminges, sans quoi je vous avoue que l'on ne serait jamais entré par mon avis dans aucune négociation, par la raison que vous me marquez qui est que si elle ne réussit pas, on serait en pires termes qu'auparavant.

« Mais connaissant au point que je fais la capacité, la probité et la générosité de M. de Comminges, je me suis toujours promis, ou qu'il surmontera tontes les difficultés, ou que, s'il ne le peut, il rendra témoignage à la vérité en faisant voir que les cohéritiers se sont soumis à des conditions raisonnables, comme je suis très persuadé qu'ils le feront; et qu'ainsi il n'aura pas tenu à eux que l'arbitrage n'ait réussi. Voilà le fond de mon cqeur tel que Dieu le voit, et qui me fait croire que c'est se flatter que de croire que la chose soit si facile.

26 MÉMOIRES DE GODEFROl HERMANT

« Elle le serait sans doute si les disciples de saint Augustin ne considéraient que les intérêts particuliers. Mais comme ayant autant de conscience quils en ont, je sais qu'ils aimeraient mieux mourir que de trahir les intérêts de la vérité pour acquérir du repos à leurs dépens, c'est là le sujet de ma crainte, et je ne saurais ne point espérer que lorsque je vous en entretiendrai de vive voix, et M. de Comminges, nous demeurerons tous trois d'accord; ce que je souhaite avec plus de passion que je ne saurais vous le

dire. »

Lorsque M. d'Andilly écrivait cette lettre à M «« du Plessis- Guénégaud, le roi informé de toute cette affaire avait mandé à Paris M. de Comminges pour tenir cette conférence, qui n'était nullement désagréable aux Jésuites, pourvu qu'elle demeurât dans les termes d'une conférence sans effet, et que la paix qu'ils n'avaient nullement dans le cœur ne fût que le vain amusement de quelques personnes trop crédules.

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