Marguerite de Saiate-Gertrude-du-Pré
qui en est le principal entremetteur en a toujours les plus belles espérances du monde, ce qui me la fait d'autant plus appréhender que je ûe vois point sur quoi ces espérances peuvent être fondées. Cependant on a reçu réponse du mémoire qui lui a été envoyé, et il n'a point témoigné en être surpris quoiqu'il fût très fort ; mais il a mandé qu'il ne prétend agir que sur ce qu'on lui avait proposé dans ce mémoire, ce qui redouble encore mon étonnement, parce que je ne puis comprendre comment un homme d'esprit se peut imaginer que des gens aussi emportés que ceux à qui nous avons affaire se réduiront à la raison en nous accordant de demeurer dans les sentiments sur lesquels ils travaillent depuis dix ans à nous faire passer pour hérétiques. Mais plus tout cela est embarrassé, plus nous avons besoin de prières, afin que Dieu ne permette pas que nous mettions obstacle à la paix de l'Église si on la peut procurer sans blesser la vérité et la justice, ou que nous nous laissions affaiblir par l'espérance d'une fausse paix qui ne ferait que nous donner moins de vigueur pour soutenir la cause de Dieu. C'est ce qui nous oblige, ma très chère sœur, de nous mettre en état que nos prières puissent être agréables à Dieu, en nous purifiant de toutes nos taches, et travaillant à la destruction de notre amour propre qui est, selon saint Augustin, comme une glu qui empêche que notre âme n'ait son vol libre vers le ciel. »
Il finissait ainsi une lettre qu'il adressait à cette même religieuse le 21 octobre : « J'ai oublié de vous parler de la vérité. Je me sens, grâces à Dieu, dans la disposition de ne la point affaiblir pour quelque considération que ce soit. Et c'est ce qui me fait voir avec peine que M. d'Andilly s'amuse toujours à se repaître de la vaine espérance d'un accommodement, jusqu'à m'avoir mandé qu'il me conjurait qu'on ne fît rien cependant qui puisse traverser cette affaire, ce qui regarde apparemment la publication d'une histoire qui est très importante pour faire connaître la vérité, et que je ne suis nullement d'avis de différer pour cette attente chimérique. Mais quand je le voudrais, celui qui en est le maître ne m'en croirait pas. »
La bonté de M. d'Andilly lui inspirant ce grand amour pour la paix, il la poursuivait avec une chaleur extraordinaire. Et comme il avait donné part de ce traité à Mm« du