‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 2)Chapitre 163 sur 455 · Livre xxxii · texte numérisé non relu

Livre xxxii

respect que je dois au pape, à TÉglise gallicane et aux supérieurs, que parce que je suis persuadé de la fausseté du livre qu'on me fait condamner. Et c'est ce que j'ai dit à cet ami, qu'il prit garde à être fort réservé dans ce nouvel engagement, que plusieurs attribueront plutôt à un amourpropre et à un ennui de sa disgrâce qu'à l'amour de la vérité. Quoi qu'il en soit, toute personne raisonnable et chrétienne ne peut trouver mauvais qu'il recherche l'amitié des Jésuites s'ils le croient ennemi de leurs personnes et de leur communauté, et si par des civilités il s'acquiert de nouveaux amis, sans mépriser ou faire divorce avec les anciens. Or, je vous puis assurer que je Tai laissé dans ce sentiment, et fort touché que quelques-uns d'eux aient cru trop légèrement qu'il leur ait rendu un mauvais office.

« Je sais que vous le croyez meilleur ami que de commettre une si grande lâcheté que d'avoir écrit aux Jésuites contre ses meilleurs amis, qu'on peut dire avoir été disgraciés en sa considération. J'ai reconnu que cette mauvaise opinion qu'ils avaient de lui lui était fort sensible. Mais il a été consolé d'avoir lu dans une lettre que vous n'avez pas de lui cette créance. 11 vous chérit particulièrement, et s'il peut retourner devant vous à Paris, je ne doute point qu'il n'emploie tout son crédit auprès de quelque personne publique ut suggérât Pharaoni ut te educat de isto carcere,

a J'ai appris qu'il se débitait par la ville le Journal de M. de Saint-Amour avec beaucoup de bruit. Car il n'a rien omis pour en faire la distribution avec éclat, jusqu'à envoyer des lettres avec le livre aux principaux magistrats. Tellement qu'on ne doute point qu'il ne soit l'auteur de cet ouvrage. Les uns disent qu'il est venu à contre-temps, et qu'il ne fallait pas jeter de l'huile sur le feu quand les uns et les autres se mettent en état de rétoufifer. D'autres, qui croient l'accommodement désespéré, soutiennent que puisque la question de fait en est le principal obstacle, qu'il était bon de faire voir qu'on n'a point défendu à Rome le livre de l'évêque d'Ypres. Mais il est constant que ce Journal sera maltraité à Rome et peut-être en France, et que notre saint Père pourra dire, avec toute la cour de Rome, qu'il a menti et que tout ce qu'il a dit est faux. L'auteur fera bien de se tenir couvert et caché, et même de se retirer dans quelque pays de liberté; car quelque déguisement qu'il V. ''

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apporte, sa taille le rend reconnaissable *. J*ai su qu'on le remarqua la semaine passée, qu'il allait dîner en compagnie chez M. Germain, qui loge au Cardinal Lemoine. J*ai appris à mon retour la mort de M. Cornet, dont la maladie s'est accrue par la lecture du Journal, et ce qui l'a rendue mortelle est la nouvelle qu'on lui apporta d'un second arrêt contre M. Grandin, lequel, à ce qu'on m'a dit, est fort mortifié du mauvais traitement qu'il a reçu du premier président en l'audience, lequel le tniita d'écolier qui ne lisait les Pères que dans les casuistes, et le prouva par des passages de saint Bernard et de Gerson que le docteur ayant cités à demi, M. de Lamoignon montra par la suite que le passage avait un autre sens. Tellement que l'un par sa réponse imprévue fit voir son savoir, et l'autre son ignorance par son discours préparé. Si M. Guyard refuse défaire la charge de syndic, M . de Saint-André, comme le plus ancien, prendra la place. M. l'abbé Fouquet a ordre de s'éloigner jusqu'à Toulon. La reine-mère est assez mal. On appréhende que sa fièvre devienne continue. On fait aujourd'hui pour elle dans les églises des prières publiques.

« L'abbé Rasponi est arrivé à Lyon, mais l'on dit que ses pouvoirs ne sont pas en forme, tellement qu'il me conviendra de m'en retourner à la campagne passer le reste de l'été. M. de Châlons m'a prié de l'aller voir, et je me résous dans peu de jours de [partir] de ce côté-là. Peut-être que me trouvant auprès de lui, je prendrai l'occasion d'aller jusque sur la frontière recommander nos intérêts à M. le cardinal de Retz, avant qu'on nous voulût donner l'exclusion, ce que je ne crois pas. Je vous prie de me conserver dans votre amitié et de me croire etc. »

Ou sut quelque temps après le détail de cette histoire qui mit M. Duhamel dans un étrange embarras. M. de la Miletière étant allé rendre visite au P. Annat, ce jésuite lui fit voir sur sa table une lettre par laquelle ce curé de Saint-Merry hii promettait affection et respect pour lui, et pour toute la société, avec service sincère dans les occasions, et se plaignait de MM. Feydeau, Dorât et Taignier, qui le blâmaient de la signature du formulaire, et l'assu-

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