LIVRE xxxir
damnando quinque articulas^ et religiosam iisdem constitutionibus observantiam nos prœstituros pollicendo. Car enfin ils croyaient qu'ils ne devaient point rompre sur religiosa observanlia, qu'il voyait que tous agréaient et que les Jésuites ne voulaient point; qu'il fallait aller jusqu'au bout, qu'ils avaient à satisfaire le monde et leurs amis, qu'il fallait qu'ils vissent qu'on avait tout écouté et considéré, et qu'on avait offert de faire tout ce qui s'était pu.
Cette lettre n'était capable que de causer un nouveau chagrin à M. Arnauld sans lui faire changer de sentiment; et ces nouvelles propositions seront encore la matière de plusieurs écrits qui n'étaient ni utiles au public, ni capables d'augmenter l'amitié de personnes si unies.
On sut en ce même temps-là que M. Duhamel ne s'était pas contenté de donner une signature pure et simple du formulaire, mais qu'il affectait même de paraître tout à fait uni aux Jésuites, jusqu'à se plaindre au P. Annat de ce que ses anciens amis trouvaient à redire à cette conduite. Ce Père se raillant des uns et des autres en avait fait le divertissement d'une conversation. Mais M. Ghassebras eut assez de charité pour faire l'apologie de M. Duhamel par cette lettre qu'il en écrivit à M. Taignier le 28 du même mois.
« Vous ne trouverez pas étrange de ce que je discontinue à vous mander de mes nouvelles quand vous saurez par ma présente que m'étant retiré en un lieu solitaire afin de passer l'octave de Pâques, j'y ai tellement goûté le repos et le plaisir de la campagne, que pour neuf ou dix jours que je m'étais proposé d'y demeurer, on m'a engagé insensiblement, sous prétexte de charité, en confessant des religieuses dépourvues de confesseur, de passer quatre semaines dans une abbaye de filles fort retirée des grands chemins. J'ai eu peu de commodité d'envoyer des lettres et d'en recevoir de Paris. Le voisinage aussi de notre ami (M. Duhamel) m'a donné occasion d'aller jusqu'à Pithiviers, qui n'était éloigné que de huit lieues de ce monastère, afin d'être moi-même le témoin oculaire des choses qu'on dit de lui, et du changement qu'il a fait de ses anciens sentiments.
« Je vous puis assurer qu'il n'a point changé d'amitié, sinon quant au nombre de ses anciens amis, dont il m'a parlé avec beaucoup d'estime. Car il y en a ajouté de nouveaux, qui
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sont les bons Pères, lesquels ayant toujours cru qu'il en voulait à leurs personnes et à leur compagnie, et pour cette raison l'ayant toujours traité en ennemi mortel, il a cru être obligé pour sa justification de leur rendre le bien pour le mal, et par des civilités qu'il leur rend (dont vous savez qu'il n'est pas chiche) ôter le scandale que le public très mal informé de sa conduite avait de son aversion contre une compagnie si fameuse. Ce qui pourra sembler étrange à quelques-uns, c'est que pour entrer dans la communion de ces bons Pères, ils l'ont obligé de captiver son esprit à l'opinion qu'ils ont du livre de Jansénius, et de souscrire à la formule du clergé sans aucune restriction. Mais aiin •!<' les assurer davantage de son obéisssance, il y a ici un maître valet, ancien écolier de M. Le Moine, qui a troiA^é dans le livre de Jansénius ce que les autres n'ont pu encore trouver, c'est-à-dire certains passages extraits dudit livre qui montrent plus clair que le jour que Jansénius est l'auteur des cinq propositions. Il m'en a voulu faire voir quelque chose, mais je lui ai répondu que si d'aventure on voulait m'obliger à grossir les signatures de mon nom, que la seule obéissance triompherait de mon esprit, parce que j'avais toujours remarqué tant de faiblesse et d'ignorance dans les livres qui réfutaient la doctrine de cet évêque, que si je me rangeais de leur côté, ce serait plutôt par le respect que je dois à leur autorité que par le motif de la vérité. Aussi, je vous puis dire, comme à mon ami à qui je ne puis cacher les secrets de ma conscience, que l'amour que j'ai de la justice, qui me rend ennemi de toutes les violences qu'on a faites à la liberté de tant d'hommes savants m'ayant porté à me déclarer pour eux en m'opposant à toutes les voies qu'on tenait pour opprimer la liberté qu'on doit avoir dans les sentiments de doctrine, a fait soupçonner [àj plusieurs que j'étais plutôt leur disciple que leur ami. Mais la vérité est que je suis ennemi des violences et des injustices, de quelque côté qu'elles &«.' fassent. Ayant donc plus considéré la justice que la vérité dans cette alïaire du jansénisme, quand on m'aurait obligé à une signature, je ne laisserais pas toujours que de blâmer la manière dont on s'est servi dans tout le cours de cette dispute, tellement que s'il arrivait que l'on m'obligeât à soussigner, j'aimerais mieux confesser que je le fais par le