‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 2)Chapitre 179 sur 455 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

Réponse de M. Nicole à un écrit de M. Dirois, et de M. Arnauld à un autre de M. de Barcos, abbé de Saint-Cyran. Réplique de cet abbé.

On vient de voir par une lettre de M. Chassebras ce qui s'était passé entre M. Duhamel et lui dans une visite qu'il lui avait rendue, et le trop de crédit que ce curé de SaintxMerry donnait à un jeune théologien qui était auprès de lui. C'était le jeune M. Dirois, second cadet de trois frères ecclésiastiques de même nom, qui étant tout plein de ses lumières prétendues touchant la doctrine de saint Augustin et le fait de la signature, voulait donner la loi aux plus habiles docteurs du siècle, et les engager par les plus terribles menaces à entrer en conférence avec lui.

M. Nicole, ayant eu part d'un écrit qu'il avait fait sur cette matière, se crut obligé de le réfuter, et lui en opposa un autre qui n'a jamais vu le jour, mais qui ruinait entièrement toutes ses prétentions. C'est ce qu'il manda à M. Taignier,le 14* jour de mai, par ces paroles qui marquent le sujet du différend dont il s'agissait entre eux.

« 11 y a dix jours que j'ai dessein de vous écrire sans en avoir pu trouver le temps, ayant été occupé sans relâche à faire une longue réponse à un écrit de M. Dirois, qui menace d'éclater si on ne confère avec lui ou si l'on ne le satisfait par écrit. Je ne sais ce que ce peut être que cet éclat; mais je sais bien qu'il y a longtemps qu'il nuit en secret autant que personne, communiquant ses pensées et ses écrits à des personnes indisposées et qui ne cherchent que des prétextes pour se couvrir dans leur faiblesse. Occasiones quœrit qui vult recedere ab amico ; omni tempore erit exprobrahilis. Et véritablement il faut bien qu'on soit déjà affaibli intérieurement pour se laisser surprendre par les raisons de M. Dirois.

« Je ne suis pas de ceux qui rabaissent le plus les autres ni qui jugent de la grandeur de l'esprit par celle du corps.

Je n'ai [d'ailleurs pas] mauvaise opinion de son esprit; mais pour son écrit, je vous avoue que je n*ai pas assez de patience pour le souffrir, n'ayant rien vu en ma vie de plus malin, de plus tyrannique et de plus injuste. Le dessein de son écrit est de montrer qu'on aurait tort de nous traiter de présomptueux et d'opiniâtres, mais qu'on est obligé de nous traiter d'hérétiques selon l'esprit de l'Église. Et parce qu'il sait bien qu'on ne l'est pas, il prétend que l'esprit de l'Église est de traiter d'hérétiques ceux qui ne le sont pas, mais qui nuisent à la foi en quelque sorte que ce soit; soit en ne recevant pas quelque expression, soit en défendant un auteur condamné, soit en faisant quelque restriction qui affaiblisse en quelque sorte la définition de l'Église. Qu'on n'a jamais distingué le fait et le droit, mais qu'on a traité indifléremment d'hérétiques ceux qui Tétaient véritablement et ceux qui ne l'étaient pas. Tout cela est avancé avec une hardiesse et un air si décisif que jamais concile ne parla plus assertivement. Ce sont toujours les Pères qui disent tout ce qu'il dit, quoiqu'il n'en cite presque jamais. Il est arrivé par malheur qu'en examinant les faits historiques qu'il rapporte, je les ai trouvés tous faux. Ce n'est pas qu'il les falsifie à dessein, mais c'est que lorsqu'il est préoccupé d'une pensée, il y applique à tort et à travers tout ce qu'il trouve dans son esprit, et qu'il ne voit rien que ce qui lui est favorable, en retranchant toutes les circonstances qui le pourraient désabuser. Si je puis avoir quelque copie de la réponse, je vous l'enverrai avec un portefeuille de tous les écrits qui on été faits. 11 y en a un autre qui se fait encore, que vous ne sauriez lire en un jour. C'est contre un écrit de M. de Barcos, abbé de Saint-Cyran, où il entreprenait de prouver que la simple réception des bulles sans exception n'emportait point créance des faits. Cet écrit était assez bien fait et avait surpris quelque personne. Mais je crois qu'on sera encore plus surpris de la réponse, qui est un petit volume, et qui tiendrait bien, comme je crois, dix feuilles d'impression. On a quelque dessein de l'envoyer à M, d'Alet par votre moyen. »

Cet ouvrage de M. do Saint-Cyran était intitulé :i5'cn7 pour prouver quon peut signer purement et simplement les constitutions d'Innocent X et d'Alexandre Vil. Le titre du livre

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