‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 2)Chapitre 184 sur 455 · LIVRE xxxu · texte numérisé non relu

LIVRE xxxu

u Pour moi, je s uîs persuadé qu'uQ homme de bon sens et qui va droit à Dieu ne peut avoir qu'une seule peine en cette affaire, qui est de se bien assurer qu'il n'est point obligé de consentir intérieurement à la condamnation de Jansénius, ce qui dépend de savoir s'il y a des raisons suffisantes de douter s'il n'est point exempt des erreurs qu'on lui impute. Car s'il y en a, comme il y en a sans doute de très suffisantes, toutes les autres peines que l'on se forme à plaisir sont imaginaires, puisqu'elles se résolvent toutes par la chose du monde la plus facile à comprendre, qui est qu'on n'est point en danger d'offenser Dieu lorsqu'étant interrogé par l'Église on lui parle sincèrement et selon sa pensée, surtout quand c'est une pensée qu'on a droit d'avoir, et que ni les mensonges ni les ambiguïtés, ni les équivoques ne sont point des moyens par lesquels J.-C. veut qu'on honore ses ministres. Je prie Dieu qu'il me fasse vivre et mourir dans cette simplicité, et je lui demande pardon de toutes les choses où j'ai pu m'en départir. »

Celte réponse de M. Arnauld ne demeura pas sans répartie, et M. de Saint-Cyran entreprit d'y répliquer de point en point par un écrit encore plus [long]* que le sien. La vérité s'éclaircissait de plus en plus par cette contestation entre des personnes si amies. Mais leurs amis communs avaient sujet de déplorer cette espèce de guerre civile où les Jésuites les avaient engagés par l'ombre et l'apparence de la paix qu'ils n'avaient nul dessein de leur accorder, et cette diversion donnait lieu de dire après un ancien poète :

Bella geri ptacuit nullos habitura triumphos.

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