LIVRE XXXll
tude et de chagrin à ceux qui prenaient pour une réalité le fantôme de la paix. M. Singlin en fut plus touché que les autres, et lui envoya le 2 juin un billet contenant plusieurs questions auxquelles il le priait de répondre par la voie de M. Hamon, leur médecin, à qui il les avait dictées pour le soulagement de sa mémoire*.
Le soin que M, Arnauld avait de se disculper de cet accommodement ruineux qui pouvait causer du scandale dans le monde ne se termina point à cette lettre écrite à M. de Comminges. Il en écrivit encore une autre à la Mère Du Fargis', dite de Sainte-Magdeleine, .prieure de P. R. des Champs, le même jour 2 juin, à laquelle il mandait ce qui suit :
« Ma très chère mère.
J'avais bien raison de vous mander que nous n'étions pas encore hors de celte misérable affaire*... ».
M. Nicole, qui avait assisté à cette dernière délibération des députés sans en dire son avis, ne pouvait assez déplorer la situation où étaient alors les affaires de l'Église par la division des meilleurs amis, et voici ce qu'il en mandait à M. Taignier le 3 juin :
« Vous avez raison de dire qu'il y a peu de véritables amis. Et j'ajoute que ceux qui le sont véritablement ne le sont pas universellement,parcequ'ils sont toujours hommes, sujets à se tromper et à se prévenir et à condamner ensuite de leurs préventions ceux qu'une lumière différente de la leur oblige à prendre une autre conduite. C'est une étrange chose que le monde. Chacun y veut régner, ou sur les corps, comme les rois, ou sur la raison, comme les les savants et ceux qui se mêlent de former les opinions des autres. Car ces mêmes personnes veulent aussi avoir leurs royaumes, et font la guerre comme ils peuvent à ceux qui ne les approuvent pas. 11 n'appartient qu'à la vérité de régner sur les esprits; mais cela ne termine pas les différends, car chacun prétend avoir la vérité de son côté, et ainsi [ils] traitent d'opiniâtres tous ceux qui leur résistent,