‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 2)Chapitre 188 sur 455 · LIVRE XXXll · texte numérisé non relu

LIVRE XXXll

assuré De procéder d'autre chose, sinou que l'on lui dit tout ce qui la peut tourner de ce côté-là, et que l'on ne lui dit rien de ce qui lui en pourrait donner de la défiance.

c L'aigreur de Louis de Montalte a été en effet très violente et très mal fondée; mais elle venait néanmoins d'un bon fond, et d'une passion très sincère pour la vérité, jointe à quelque légèreté qui le faisait juger très vite et sans s'informer du détail. Mais quoiqu'il n'ait pas changé de sentiments à la mort, il a néanmoins changé son aigreur apparente, en témoignages d'affection, et cela s'est fort bien passé*.

f II y a plus à craindre sur la division qui peut naître sur les tempéraments des signatures, parce qu'au lieu que Louis de Montalte avait la multitude contre lui, et ne pouvait nuireen ne reprochant qu'un excès de condescendaqce, ceux-ci au contraire auront le monde pour eux et tous les amis laïques, et ne manqueront pas de prétextes pour spiritualiser terriblement leur conduite. Cette division est toute formée sur un acte dressé et qui s'envoie à Rome. Je ne vous en puis mander les particularités; mais ce qui réunira apparemment sera le mauvais succès de cette négociation. M. Arnauld n'a pas assisté à la délibération. La chose a été conclue en une heure et demie, et moins ; M. Girard y ayant donné son consentemeut, tout y a fléchi. J'étais dans l'assemblée, et j'en sortis sans dire mon avis, prenant prétexte d'une affaire. La vue que j'avais en cela était que je ne pouvais pas troubler la paix par une contradiction à laquelle je ne me sentais point obligé, ces affaires ne me regardant point en particulier, et ne les pouvant pas considérer en si peu de temps pour en parler avec connaissance. Et d'autre côté, je ne voulus point qu'il parût en aucune sorte que j'eusse part à un acte sur lequel il s'élevait en mon esprit beaucoup de doute. Je pris donc le parti du silence et de la retraite, qui n'a pas laissé de scandaliser quelques-uns, qui eussent bien désiré que j'eusse formé des difficultés, et d'autres qui auraient souhaité de moi une approbation positive. Mais je n'y saurais que faire, et je me

1. Ce jugement de Nicole sur l'aigreur de Pascal ne porte pas, comme on pourrait le croire, sur les Provinciales. Il s'agit ici de la grande dispute entre Pascal et ses amis eu 1661.

défends contre les uns et les autres, en disant aux premiers que je n'étais point assez éclairci et ne tenais pas un rang assez considérable dans cette assemblée pour m'opposer formellement à un acte que je n*avais pas examiné; et en disant aux seconds que n*étant point, Dieu merci, engagé par mon état dans tout cet embarras de signatures, ils doivent trouver très bon que je ne prenne aucune part dans celles qui me paraissent très douteuses comme celle-là, pour ne pas dire davantage. Voilà comment la chose se passa dimanche dernier. Depuis, elle a passé. M. de Comminges écrit au nom des principaux, etc. On en verra le succès. Je n'en attends rien de bon pour moi. »

M. Nicole n'en fut pas quitte pour ce simple éclaircissement avec .M. Taignier. Il fut obligé d'en faire encore un plus exprès avec ses autres amis qui le rendaient responsable de sa présence à celte assemblée où la lettre au pape avait été résolue, et pour leur rendre raison de sa conduite, il leur écrivit ce billet le 13 juin :

« Je n*ai pas dû, ce me semble, dire mon sentiment sur la proposition qui fut faite par M. Girard de cet acte qu'on devait mettre entre les mains de M. de Comminges, parce que dans une affaire d'une si grande conséquence j'ai besoin de beaucoup plus de temps pour former un sentiment auquel je m'arrête moi-même. Or, il y a sans doute de la témérité à dire son sentiment lorsqu'on n'a pas de sentiment, et que Ton n'a encore que des vues confuses. Je n'ai pas dû aussi, ce me semble, prier que l'on sursît pour prendre l'avis de M. Arnauld. Car ^connaissant assez combien il est éloigné de ces sortes de propositions où il paraît quelque sorte de déguisement, c'eût été rejeter sur lui l'envie de la rupture, et attirer les plaintes des amis contre lui, dont les uns prétendeut qu'il se doit rendre à la pluralité, et les autres n'approuvent pas ses raisons.

« J'ai considéré cette affaire comme ayant peu d'apparence de succès, et cependant si ceux qui approuvent cet expédient ne l'eussent pas embrassé, ils se seraient toujours imaginé que Ton les a empêchés de faire la paix, et ils auraient toujours accusé ceux qui n'auraient pas été de cet avis de tous les maux qui pourront arriver. Il semble donc qu'il était meilleur de les laisser instruire par l'événement même que ces conseils ne sont pas les plus sûrs, que de

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