‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 2)Chapitre 190 sur 455 · CHAPITRE XXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIV

Relation d'uQ entretien de M. Girard avec une des nièces de M. Arnauld, religieuse à Port-Royal.

M. Girard, qui avait une sœur religieuse à Port-Royal, et qui voyait quelquefois à cette occasion la sœur Angélique de Saint- Jean*, pour lors maîtresse des novices, et depuis prieure et enfin abbesse de ce monastère, lui rendit visite au commencement de ce mois de juin, et lui apprit beaucoup de particularités dont elle informa M. Arnauld, son oncle, le 5 du même mois, en l'enga^^eant de lui renvoyer le billet par lequel elle lui en donnait avis. Elle lui mandait un long entretien qu'elle avait eu avec ce théologien, qui de lui-même avait voulu lui dire tout du long et dans tout le détail comment toutes choses s'étaient passées, et lui faire voir toutes les pièces. Que cette grande confiance, quoiqu'il fût vrai qu'il en usât ainsi souvent à son égard, lui avait donné quelque doute si ce n'était point à dessein qu'elle fat persuadée que M. Arnauld n'avait pas sujet de se plaindre de leur conduite, et qu'elle pût le lui témoigner; et elle en avait jugé ainsi parce qu'il avait fort appuyé ce qui pouvait servir à leur justification. Qu'il lui avait raconté de point en point comment cette affaire s'était engagée, et

1. Angélique de Saint-Jean Arnauld, fille d^Araauld d'AndiUy (1624- 1684).

avait prétendu que cela venait oriiçinairement de M. de Comminges, qui avait proposé à M. Guillebert que tous les disciples de saint Augustin engagés dans la conférence écrivissent au pape; qu'ayant été mandés sur cette proposition, on la rejeta tout d'une voix pour les raisons qu'elle l'avait été la première fois; mais que l'on crut qu'au lieu de cela, on devait porter cet évoque à le faire lui-même; qu'il s'y rendit, mais que pour cela il demanda procuration, ne le pouvant faire qu'il ne fût avoué, et que cet acte ne renfermât leur soumission dans les termes jusqu'où elle pouvait aller, etpromettant d'obéir à ce que le pape demanderait au-delà : que c'était pour cela qu'on s'était assemblé une seconde fois à Bonair, logis ordinaire à M. l'abbé de Saint-Cyran au faubourg Saint-Marcel ; et que comme on lui nommait tous ceux qui étaient de cette assemblée sans lui parler de cet abbé, elle lui demanda s'il n'y était pas ; on lui dit que non, et qu'il y avait plus de deux mois qu'il ne l'avait vu. Qu'elle en avait témoigné son étonnement, puisqu'il était auteur de cette affaire. Que M. Girard lui avait dit sur cela que celle-ci n'était pas de lui, et que c'était la signature des constitutions qu'il avait proposée. Qu'elle lui dit qu'elle croyait que ceci était une suite de ce dessein, puisque c'en était le droit chemin, et que le soin qu'il avait eu d'arrêter M. de Comminges ^ Paris apparemment tendiiil là. Que M.. Girard, paraissant ouvrir les yeux à cela, lui <lil qu'en effet il avait vu trois lettres que cet abbé écrivait à M. de Comminges pour le conjurer de demeurer.

La sœur Angélique de Saint-Jean témoignait remarquer ceci à M. Arnauld, parce qu'elle admira que Ton blâmât fort ce docteur son oncle de ce qu'il ne voulait point paraître aux conférences, ni se laisser voir sur des affaires où il ne voulait point aussi avoir de part ; et quant à M. de S'-Cyran qui l'y engageait, il se tirait de la contradiction et demeurait clos et couvert, pendant qu'il donnait des affaires aux autres

Que M. Girard avait ajouté que dans cette seconde assemblée, qui fut celle où M. Barré ne se trouva pas, on résolut de s'assembler touschezM. Girard,et demander M. Arnauld ; que ce docteur savait ce qui s'y passa, et qu'on se plaignait de M. Nicole qui y avait été de sa part, parce qu'il avait vu le projet sur lequel il n'avait point témoigné qu'il crût que

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