‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 2)Chapitre 201 sur 455 · LIVRE XXXII · texte numérisé non relu

LIVRE XXXII

c'était un ouvrage de lumière et de justice, et qu'en même temps que vous avez percé les ténèbres des contestations qui cachaient depuis si longtemps la vérité, vous aurez pris la protection de ceux qui l'ont si courageusement défendue, en les justifiant des reproches dont on a voulu rendre leur foi suspecte. C'est ce qui m'oblige, Monseigneur, à mêler mes très humbles remerciements à ceux que toute l'Église vous doit pour avoir rétabli la paix et la charité parmi ses enfants, et à vous protester que comme, par la miséricorde de Dieu, je serais prêt à mourir pour ses intérêts, je ne puis que je n'aie pour Tua de ses plus illustres pères, et qui a agi si utilement pour elle^ une nouvelle vénération, qui me fera être toute ma vie, avec plus de respect que jamais. Monseigneur,

« Votre très humble et très obéissant serviteur et confrère.

« Henry, évêque d'Angers. »

Plusieurs des proches et des amis de M. d'Angers attendaient de lui depuis un mois quelque autre chose que des compliments précipités pour une paix imaginaire. Mais Dieu permettait qu'il fût encore trompé sur ce fait comme une infinité d'autres, et qu'il se promît la justification des disciples de saint Augustin dans un temps où ils ne devaient recueillir qu'un nouvel accablement pour fruit de tant de travaux.

On doit trouver moins étrange que ce prélat eût cru sur la voix publique cet accommodement consommé, que de voir que M. de La Lane lui-même, qui croyait avoir entre ses mains la clef de tout ce mystère, en eût mandé la nouvelle à M. Taignier, le 27 de juin, plus précisément qu'aucun autre. Voici ses propres paroles :

« L'on vous aura mandé qu'enfin l'accommodement est fait. Après avoir fait beaucoup de propositions, on a trouvé un tempérament qui a été accepté. Le P. Annat et le P. Ferrier y ont agi de très bonne foi, et ont fait tout ce qui était en eux pour lever. les obstacles. Il y eut samedi huit jours que M. de Gomminges fit son rapport au roi, qui le reçut fort bien. Il lui fit entendre qu'il n'y avait aucuns nouveaux hérétiques, et que la doctrine qu'on avait présentée était si

catholique qu'il n*y avait point d'école catholique où elle ne fût approuvée comme telle.

« Dès le mardi suivant, sa lettre pour le pape où il lui rend compte de tout ce qui s'est fait, partit dans le paquet même des Jésuites. Elle n'ira pas plus vite que si elle ne fût partie que vendredi dernier, mais à cause des obstacles qu'on pouvait craindre, l'on crut qu'il était plus à propos que cela fût dépéché dès ce jour-là.

« Je ne puis vous écrire les particularités.

« Tous les gens de bien en témoignent une fort grande joie. Tout cela s'est fait sans en parler à M. de Rennes. Je ne sais ce qu'il en dit, non plus que nos docteurs. Vous connaissez les gens; comme on sait que le roi l'approuve et que rien ne se fait que par son ordre, ils n'osent s'en plaindre; outre que ne sachant point les conditions qu'on tient exprès secrètes, ils ne savent ce qu'ils peuvent dire.

« Ce jour, M. Bossuet fit l'oraison funèbre de M. Cornet, de Navarre. C'est un peu à contre-temps. On la averti que la paix étant faite, et les personnes étant reconnues pour n'avoir aucune erreur, il serait fort ridicule de remuer cette question, et qu'il ferait bien de n'en rien dire du tout. Il a répondu qu'il ne pouvait pas n'en rien dire, mais qu'il en parlerait le plus modérément qu'il pourrait. On aura par écrit tout ce qu'il dira. 11 s'est fort emporté depuis quelque temps, après avoir gardé quelque mesure. Mais il croyait qu'on allait poussera bout les jansénistes; c'est comme on en parlait il y a six semaines.

« On a fait venir M. Aleaume d'Orléans pour requérir la chambre de M. Amyot. On l'a reçu à signer, pour le faire doyen après M. Messier. Hier quelques docteurs l'exhortaient de ne pas accepter d'être doyen, qu'à condition que la paix serait faite. Il témoigna en avoir grand désir, mais il faut laisser mûrir cette affaire. Je crois qu'elle sera facile quand le reste sera accompli. 11 y a encore vingt-sept docteurs de la maison de Sorbonne qui n'ont point signé. Je ne croyais pas qu'il en restât un si grand nombre. Encore que si vous veniez ici il ne fallût pas vous montrer, vous ne laissez pas d'avoir quelque droit d'y être, puisque vous avez été compris dans la lettre, et que l'accommodement s'est ensuivi. Si vous avez quelque dessein d'y venir, ne vous attendez pas à la réponse de Rome, car on n'en aura

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