‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 2)Chapitre 200 sur 455 · LIVRE XXXII · texte numérisé non relu

LIVRE XXXII

de ses lettres ne lui était qu*avaQtageux, j'ai reconnu qu'il était fâché contre Saint- Amour [parce] qu'il avait fait imprimer des choses qui le regardent sans sa participation. C'est pourquoi, sans vous dégarnir de votre livre, vous pouvez écrire à Paris, et prier quelque confident, qui en a en réserve, que la justice veut que l'on n'oublie pas mon hôte, et qu'on lui en envoie au plus tôt en l'adressant chez son neveu, pour un tel, ou au coche de la ville.

« Sur ce que je lui dis que vous en aviez un pour lui, il me demanda de vos nouvelles, et moi je pris occasion de lui parler de votre disgrâce, qui ne vous était point autrement sensible, sinon, que dans vos lettres que vous m'avez écrites à Rome j'avais reconnu que ceux que vous aviez servis avec tant de fidélité témoignaient n'être pas contents de votre service. 11 me témoigna être surpris de ce que vous étiez dans cette opinion. Car il me témoigna être prêt de rendre témoignage du contraire, et qu'il savait de plus que son ami était très bien informé des bons services que vous lui aviez rendus; que ni lui ni son ami (cardinal de Retz) ni aucun des siens n'avaient point eu mauvaise opinion de votre conduite. Que seulement ils n'avaient pu suivre les conseils que vous leur donniez dans le plus grand abandonnement de leurs affaires et dans la plus grande faiblesse, de soutenir les intérêts de vos amis, et de se déclarer ouvertement pour eux en défendant la maison que vous savez (le monastère de Port-Royal); ce qu'ils auraient bien voulu faire de tout leur cœur, tant pour reconnaître les obligations qu'ils leur ont, que pour défendre leur innocence. Mais ayant vu que c'était visiblement achever de se perdre sans qu'il en vînt à vos amis aucun avantage, ils avaient été obligés d'abandonner leur cause à la providence de Dieu, et de se réserver à un autre temps de leur témoigner la reconnaissance qu'ils leurs doivent. Mon hôte m'assura même qu'il vous avait écrit incontinent après votre disgrâce pour vous assurer de la continuation de son amitié, et que votre retraite (ne sachant où vous étiez) était cause qu'il ne vous écrivait plus. Et même il m'a recommandé qu'en vous écrivant je vous priasse de n'avoir plus de lui ces sentiments, et que je vous assurasse de son amitié. Si vous me faites réponse, prenez garde qu'il n'y ait rien qui lui doive être caché, parce que je lui en ferai lecture, et ce

qui ne sera pas à communiquer vous me l'enverrez dans un autre papier. »

M. Brousse, docteur de Navarre et chanoine de Saint- Honoré, ne fut pas moins crédule que les autres à cet accommodement, et il en voulut consoler M. Taignier par ces paroles extraites d'une de ses lettres du 30 juin :

f Enfin on tient la paix faite, quoiqu'on ne m'en ait pas voulu dire les conditions, et M. de Comminges en écrivit au pape il y eut mardi huit jours. Ce n'est pas que l'on ne m'ait dit qu'elle ne serait pas de durée, et que comme la nouvelle indisposition de la Reine-mère l'avait fait naître, sa santé revenue TétoufTerait dans son berceau. Il n'en sera que ce qui plaira au Grand Roi*.

« Il est vrai que la déclaration avait été scellée. Si c'était pour faire peur ou autrement, je m'en rapporte; et même elle avait été mise en plusieurs manières. M. le Chancelier l'avait premièrement dressée, et puis M. Tarchevêque d'Auch y avait fait ses additions, le P. Annat les siennes. Le P. Nicolaï y avait mis des passages en latin de l'Écriture et des Pères. Le sieur Maraudé même en avait dressé une à sa mode, que M. le Chancelier fit déchirer après en avoir lu deux périodes; et il prit la peine de la refaire, pour donner un visage qui ne fît point d'horreur à un monstre où tant de personnes avaient mis la main. »

Mais on ne peut pas trouver étrange que M. Brousse ait cru la paix faite en un temps où tout Paris la publiait, puisque M. d'Angers lui-même en était tellement persuadé qu'il en fit compliment à M. de Comminges par cette lettre datée d'Angers le 30 juin :

« Monseigneur, « J'ai une opinion si avantageuse de votre vertu et de la pureté de vos intentions à procurer la paix de l'Église, qu'encore que je ne sache presque jusqu'ici que par le bruit commun l'heureuse issue de vos soins infatigables à surmonter tout ce qui s'opposait à un si grand bien, je n'ai pas voulu différer un moment à me réjouir avec vous de la gloire qui vous en est due. Car il m'a suffi, Monseigneur, de savoir que c'était votre ouvrage pour être persuadé que

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