LIVRE XXXII
tendre seulement, comme dit saint Augustin, que de souffler et jeter de la poudre dans les yeux des autres, suf fiantes pulverem et in oculos conjicientes. Ce.grand homme n'écouta jamais ces lâches esprits. Il ne suivit ni les conseils des uns, ni ceux des autres, et comme il ne consulta que l'Évangile, il fut toujours doux de droiture. De là vient qu'il a été consulté de toute la France, parce que sa doctrine était pure, ses discours saints, son esprit solide, ses conseils fidèles ; et encore aujourd'hui son autorité, qui survit à sa personne, est parmi nous vénérable. N*ai-je donc pas eu raison de dire qu'il était un grand trésor? Ceux qui l'ont connu, qui l'ont visité, qui l'ont consulté, ont reconnu ses avantages naturels et surnaturels; et ils ont avoué en présence de personnes illustres qu'il possédait toutes les ri~ chesses des deux Testaments, et tous les trésors qui sont renfermés dans les Pères de l'Église. Voilà de grands avantages. Mais ce qui donne plus d'autorité à mon discours, c'est l'innocence de sa vie, la pureté de ses mœurs, la sainteté de ses actions, l'intégrité de sa conduite. »
Et parlant du zèle qu'il attribuait à M. Cornet pour les intérêts de la Faculté, il entra dans la matière des cinq propositions, et voici ce qu'il en dit, et ce que l'on écouta de sa bouche avec plus d'attention que tout le reste, parce que c'était le chef-d'œuvre et le comble de tous les travaux de ce docteur :
« Plût-il à Dieu qu'un malheur ne fût point arrivé! Ce grand homme s'est signalé dans nos misères. Il ne put pas se taire lorsque plusieurs ne devaient point parler. Il rendit un service important à l'Église lorsqu'elle était affligée. Vous voyez bien que je veux parler de la malheureuse dispute qui arriva il y a quelques années, et de la tempête horrible qui s'éleva dans le temps qu'il était syndic delà Faculté de théologie. Il se mit à considérer l'état des choses; il vit par la lumière de son esprit et de la foi, il vit que saint Augustin avait exposé une doctrine sainte. Messieurs; mais, quoiqu'elle soit infaillible, pure et divine, toutefois, ou par la faiblesse humaine, ou par la profondeur des questions qu'il traite, ou par manque de foi, cette doctrine étant enveloppée de ténèbres cause d'épouvantables horreurs, et pour mal entendre ses propositions, on se jette en des conséquences ruineuses. Qu'a fait Nicolas Cornet ? Il voit
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qu'il a affaire à de nouveaux docteurs, à des esprits brouillons, les uns subtils, les autres obstinés. L'affaire est de très grande importance. Il veut agir en homme de jugement. L'Église est un vaisseau au milieu d'une mer orageuse. H n'est question que d'arriver au port. On a plus besoin de la conduite d'un sage pilote que de la force des matelots. Notre grand-maître Tentreprend, et après avoir considéré la face des questions, il regarde, il considère et la qualité et le tempérament des esprits, et il reconnaît, comme dit saint Grégoire de Nazianze parlant de certaines personnes de son temps, qu'ils étaient de grands esprits, mais chauds, mais ardents. £t ce Père ne se contente pas de dire ces paroles, mais il ajoute qu'ils étaient excessifs et insatiables comme l'enfer qui ne dit jamais: Cesl assez. Mais il faut m'expliquer. 11 est constant, et je Tavoue parce qu'il est vrai, qu'on ne peut avoir assez d'ardeur, et que le zèle ne peut être ^ssez grand quand il faut défendre la sainte doctrine. Mais il faut savoir, et il est de la prudence de regarder jusqu'en quel endroit il faut s'étendre. 11 n'y a rien de si naturel et de si bon que le feu; mais il ne faut pas lui permettre de faire un incendie. U faut s'en approcher, mais non pas de trop près. Il faut lui donner de l'aliment, mais il ne faut pas le porter jusque dans l'excès. 11 faut modérer ce feu; il faut tempérer cette humeur trop bouillante. Il est bon d'être zélé pour la gloire de l'Église, mais il faut être sage avec mesure, comme dit l'apôtre saint Paul. U faut avoir recours aux lumières d'en haut; il ne faut point avoir recours aux lumières de la raison humaine qui, depuis le péché ne font que ramper sur la terre. C'est ce que Nicolas Cornet reconnut bien. 11 avait de grandes lumières. Il savait qu'il était beaucoup redevable à Dieu. Il agit en