LIVRE XXXI
« batum, improbo ; damnatum, damno; anathematizatum, « anathematizo. » (Jans., Tome II, lib. proœm. c. 29).
« Ce grand évêque a fait encore cette même protestation en d'autres endroits de son livre presque en mêmes termes, et il la renouvela en termes équivalents dans son testament, qu'il dicta dans les dernières heures de sa vie et dans un temps auquel il n'avait devant les yeux que le jugement de Dieu devant lequel il allait être présenté.
« Il semble que ceux qui défendent Jansénius ne peuvent pas refuser de faire la même protestation de soumission au saint siège qu'a faite leur auteur. Tous leurs adversaires ne peuvent pas aussi refuser de la faire, puisqu'ils ont toujours protesté qu'ils ne les attaquaient si fortement que pour les obliger à obéir aux décrets des souverains pontifes; et par ce moyen les uns et les autres se désarment respectivement en s'humiliant devant celui que J.-C. a donné pour père à tous les fidèles. Si le pape prononce distinctement sur les dogmes, toutes les tempêtes et les vents des plus impétueuses contestations obéiront à la voix de celui qui a droit de parler au nom de J.-C. Mais peut-être que par une prudence apostolique, Sa Sainteté ne trouvera pas à propos de se déclarer tout à fait, et qu'elle entrera dans les sentiments de saint Augustin, qui nous apprend parles paroles de J.-C. même et par celles de son apôtre, qu'il n'est pas toujours bon de dire les grandes vérités, par ce que les faibles n'en étant pas capables, plusieurs en prennent occasion de devenir pires qu'ils n'étaient.
« Peut-être que ce grand pontife jugera que toute la chaleur n'étant pas encore éteinte dans les esprits, il ne faut pas aussi qu'il y apporte toute la lumière qu'il puise dans le sein de la sagesse môme, parce que l'Esprit de Dieu, qui est l'Esprit de vérité, ne repose que sur ceux qui sont dans la tranquillité et dans une sainte paix. Et en ce cas, il semble que le moyen le plus solide d'affermir le repos de l'Église serait qu'après une commune soumission au Saint Siège, tous déclarassent qu'ils anathématizent les cinq propositions et toutes les erreurs, les hérésies et les impiétés que le pape y a condamnées; que sous quelque prétexte que ce soit, on ne les défendra jamais, et que jusqu'à ce que Sa Sainteté se soit davantage expliquée, tous étant dans une parfaite union, et dans cette préparation d'esprit de sacrifier toutes
leurs lumières particulières à celles du Saint Siège quand il plaira à Sa Sainteté de les manifester, chacun demeurera paisiblement dans la doctrine qu'il croira être devant Dieu celle de l'Église, promettant à l'avenir de ne plus invectiver contre personne, et de ne plus écrire sur ces matières, qui sont autant éclaircies dans toutes les différentes opinions que le peuvent être les plus importantes matières de notre sainte religion. Et parce qu'il est impossible que ces mêmes matières ne soient agitées dans l'École, chacun se soumettra à y supprimer les noms de jansénistes et de molinistes, soit pour attaquer, soit pour défendre leurs auteurs. Et puisque Jansénius et Molina sont tous deux morts dans la communion de l'Église, et qu'il y a sujet de croire, à considérer la vertu de cet évêque et celle de ce religieux, qu'ils sont tous deuK dans le ciel [unis] par une parfaite charité, il ne faut pas que l'amour que leurs amis ou leurs confrères peuvent avoir pour leur mémoire donne occasion de continuer une dispute qui a si fort affligé l'Église depuis vingt ans.
« Et cela étant, encore qu'on ne soit pas d'accord dans l'École sur ce point, comme on ne l'est pas sur beaucoup d'autres, on ne laissera pas d'être en paix dans l'Église. Comme saint Cyprien témoigne qu'avant son temps, encore que quelques évèques fussent directement opposés les uns aux autres touchant la pénitence de certains crimes, les uns soutenant qu'il était contre le sentiment de l'Église de donner l'absolution et la communion aux pénitents qui les avaient commis, et les autres leur accordant cette grâce, ils ne laissaient pas tous d'être parfaitement unis dans la disposition oîi chacun était de suivre les lumières que l'Église leur donnerait quand elle trouverait à propos de parler clairement sur le sujet sur lequel ils ne convenaient pas.
« Chacun étantdans cet esprit d'union et de paix, les parties pourraient prier le roi, qui témoigne par un sentiment très chrétien qu'il souhaite cette réunion, de vouloir appuyer cette affaire par sa recommandation auprès du pape, afin que Sa Sainteté reçoive agréablement la soumission qu'on lui veut rendre, et d'employer son autorité dans son royaume pour y contenir les esprits dans les justes formes que nous avons marquées ci-dessus. Ce qui pourrait être autorisé par tout le clergé de France, qui en serait supplié par une lettre respectueuse que toutes les parties lui écriraient. Et comme