‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 2)Chapitre 20 sur 455 · LIVRE XXX r · texte numérisé non relu

LIVRE XXX r

sitions ne se trouvent point dans son Auguslinus, ni en termes formels, ni en termes équivalents, et que tout ce qu'il a enseigné qui peut être rapporté aux cinq propositions se réduit à ce point de la grâce efficace par elle-même, comme nous Tavons expliquée ci-dessus. Tellement que si Leurs Saintetés avaient eu intention de condamner les cinq propositions dans le sens qui est en effet celui de Jansénius, il s'ensuivrait qu'elles auraient condamné la doctrine de la grâce efficace ainsi qu'elle est enseignée par saint Augustin et par tous les Pères de l'Eglise qui ont écrit depuis lui sur cette matière, et particulièrement saint Prosper, saint Fulgence, saint Prudence de Troyes saint Rémy de Lyon et son église, saint Bernard; par de très grands et très saints papes, et spécialement saint Innocent 1, saint Célestin, et plusieurs autres; par quantité de conciles, et entre autres ceux de Carthage, de xMilève, le second d'Orange, celui de Sardaigne, le troisième de Valence, celui de Trente; par saint Thomas, par tous les anciens scholastiques et quelques-uns même des nouveaux, et enfin comme elle est enseignée encore aujourd'hui dans plusieurs écoles catholiques avec l'approbation desévêques, et à Rome même avec celle du pape.

« Ils disent donc qu'on a imposé à ces deux souverains pontifes en leur faisant entendre que ces cinq propositions sont dans le livre de Jansénius, ou que cet évêque a enseigné en termes équivalents ce que Leurs Saintetés ont eu dessein de condamner dans ces cinq propositions, ce qui est un fait qu'on ne saurait jamais prouver. Et ils soutiennent qu'en niant ce fait, on ne blesse point le respect qui est dû aux décrets des souverains pontifes, puisqu'il n'y a rien de si aisé que de leur imposer en leur supposant (le faux faits pour de véritables, les occupations presque infinies qu'ils ont pour le gouvernement de toute l'Église ne leur laissant pas le loisir d'examiner les faits particuliers qui ne peuvent appartenir à la foi. Et enfin ils prolestent qu'ils rendent la véritable déférence au saint siège qu'on peut demander des catholiques les plus soumis, qui est de condamner tous les dogmes que ces papes ont condamnés, l'Église ayant toujours laissé à ses enfants une juste liberté de contredire les faits, dans lesquels il n'y a personne, pas même les conciles œcuméniques, qui ne

puissent être trompés, pourvu que cela se fasse sans méprié des puissances qui doivent être révérées de tont le monde.

« Voilà véritablement et sincèrement l'état des contestations présentes, et dans cette diversité de sentiments les docteurs opposés écrivent, déclament, invectivent les uns contre les autres. Le trouble demeure dans les consciences de ceux qui ne sont pas capables de se déterminer par leurs propres lumières. Plusieurs personnes de pieté, qui soupirent après la réunion de tous les fidèles, sont souvent calomnieusement accusées de parti, de faction, de schisme, d'hérésie. Toute l'Église gémit de la division de ses enfants. Les hérétiques triomphent de nos querelles, et le diable profite de la dispute de la grâce, qui est le fondement de notre salut, pour nous perdre.

« Il semble que pour couper racine à un si grand mal, il faudrait que tous ceux qui sont opposés entrassent véritablement dans l'esprit de désintéressement et de charité; et qu'oubliant sincèrement et de cœur tout ce qui les aurait pu blesser réciproquement dans la chaleur des contestations, ils voulussent avoir une condescendance juste et raisonnable pour s'approcher tous de la vérité, et laissant à part toutes les questions de fait qui ne peuvent appartenir à la foi et qui ne font que troubler l'Église^, condamnent en union d'esprit et de volonté tout ce qui serait reconnu incontestablement pour erreur, et soumettre au jugement du pape tous les dogmes qui seraient en dispute, et dont on ne pourrait pas convenir par les règles de l'Église, et faire à Sa Sainteté de part et d'autre la même protestation que Jansénius a insérée dans le corps de son ouvrage, dont voici les propres termes :

« Mihi constitutum est eamdemquam ab infantia secutus « sum sensuum meorum ad extremum usque spiritum « ducem sequi Romanam Ecclesiam, et Beatissimi Pétri in « romana sede successorem; super illam petram sedificatam « Ecclesiam scio. Quicumque cum ipso non colligit,spargit ; « apud quem solum incorrupta Patrum servatur hœreditas. « Quidquid ab ista Pétri cathedra, in cujus communione « a teneris vixi, et porro vivere et mori fixum est, ab isto « Principis Aposlolorum successore, ab isto Christi Domini « vicario, ab isto universae Ecclesiae capite, moderatore, « pontifice prœscriptum fuerit, hoc teneo; quidquid impro-

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