LIVRE XXXII
paroles qui sont dans la bouche de quelques personues malicieuses qui prétendent que cette querelle présente ne vient que du refus qu'a fait l'ambassadeur de France de rendre visite aux parents de V. S.
« Que Dieu le pardonne à quiconque à pu induire V. S. à un armement qui a souffert de si grandes contradictions dans la congrégation des cardinaux de la part de ses serviteurs, comme elle peut bien s'en ressouvenir, parce que la divine majesté sait bien quand cesseront les effets si préjudiciables que Ton en prévoit, et qui m'obligent de souhaiter de mourir bientôt, pour n'être pas obligé de me trouver à une catastrophe si lamentable.
« V. S. est seule contre un monarque très puissant, victorieux, riche, heureux, et qui se plaint d'avoir été offensé. Les princes mal satisfaits du gouvernement présent, non par leur faute, mais par leur seule disgrâce, la Chambre apostolique épuisée, les peuples mécontents après avoir perdu jusqu'à la dernière goutte de sang de leurs veines. Au milieu de tant de si grands désavantages, V. S. [sait] combien de fois on a tâché de lui remettre en mémoire, comme je le lui remets encore présentement, cette parabole de l'Évangile : Qui est le roi^ lequel ayant à faire la
gueire Et qui peut s'assurer que les princes mêmes,
comme personnes à qui la puissance temporelle du pape n'est nullement agréable, ne continueront pas de la saper par ses fondements, ne fomenteront pas la présente division par des intérêts politiques, et après avoir promis secours et assistance à V. S. pour l'engager, ne l'abandonneront pas après cela dans son besoin, comme il arriva à Paul Vdans saruplure avec les Vénitiens ; ou que s'appuyanl de quelqu'un d'eux qui sera peut-être faible et prêt de tomber, cet étrange parti qu'elle prendra ne la fera pas tomber en quelque sinistre événement? Mais quand même, par le bienfait de cette ligue, les choses auraient un heureux succès, que dirait le monde en voyant que dans le dessein de contester au Fils aîné de l'Église les satisfactions qu'il demandait pour la réparation des injures qu'il prétend avoir reçues, on n'a eu aucun égard à empêcher de se faire auteur de ruptures toutes nouvelles entre les deux couronnes réunies en une sainte concorde, depuis tant d'années d'une très cruelle guerre? Est-ce peut-être que la
maison de V. S. trouve son plaisir à demeurer exposée à l'indignation d'un roi qui montre aujourd'hui son autorité et se rend arbitre de toutes choses jusqu'aux derniers confins de l'Europe? Et s'il arrive, ce qu'à Dieu ne plaise, [pour] V. S. à laquelle je souhaite mille années de vie, que le rétablissement dans les bonnes grâces de S. M. ne s'exécute point en votre temps à cause des longueurs des négociations dont on use en cette affaire, qui devrait avoir trouvé sa fin dès son commencement et sa naissance, V. S. en veut-elle laisser le soin à son successeur, au danger de voir renouveler la scène tragique des Carafes? Les princes ne s'accommodent pas bien de la conduite des papes quand ils voient qu'après avoir engagé contre eux l'épée temporelle, ils prétendent se dédommager sous l'étendard de la croix, et se faire un bouclier de la dignité du souverain sacerdoce. C'est alors qu'on voit s'élever les mépris, les irrévérences, les murmures, et le plus souvent encore les séditions, les laïques [perdant] peu à peu la vénération qui consiste dans la bonté et dans la droiture ecclésiastique.
« Vous voyez que les sages comptent déjà pour quelque chose ce qui est arrivé dans l'expulsion des ministres du siège apostolique hors de la France où ils avaient été autrefois révérés et estimés, dans les mouvements d'Avignon, dans les emportements licencieux de ces peuples qui jusqu'ici avaient été si respectueux et si obéissants, dans les murmures secrets de tous les autres sujets de l'État ecclésiastique, et dans les descriptions de tout le reste de l'Italie et de toutes les nations étrangères. Ce sont des choses qui me font sentir dans le cœur des aiguillons plus perçants que ne sont les douleurs que l'on souff*re dans le corps. Notre divin maître, très Saint Père, en disant à Saint-Pierre : Mettez Vépée dans le fourreau, n'enseigne rien davantage que quiconque est chargé du soin de gouverner l'Église, sa sainte mère innocente, pieuse et douce comme elle est, ne doit point employer les armes temporelles pour cet effet, ni la défendre comme un camp. C'est ce qui me fait craindre que Dieu, étant indigné d'une défiance si manifeste que l'on témoigne avoir de lui en se servant de moyens nullement propres et si différents de ceux que les saints Pontifes des temps passés ont employés dans les diverses occurrences de la Sainte Église, ne nous