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abandonna, et ne permette que nous ne soyons réduits à une de ces deux extrémités, ou à terminer cette aflfaire par un accord désavantageux dans le temps même que nous aurions encore les armes dans la main ; ou à nous réduire à la dernière misère et à une extrême langueur pour la longue fièvre de ces dépenses excessives.
« Ç*a toujours été une chose digne de louange de s'accommoder au temps et à la nécessité, principalement en la personne d'un sage prince. Paul V, d'heureuse mémoire, entreprit par le pur motif de la cause et des intérêts de Dieu de procéder par les armes spirituelles contre les Vénitiens, avec une ferme résolution d'y joindre aussi les armes temporelles; mais enfin la prudence et la charité le portèrent à se laisser réduire à des voies plus douces, en considérant le manquement des finances, l'impuissance où étaient les peuples de contribuer à cette guerre, le danger qu'il y avait de remplir l'Italie d'ultramontains, et peut-être de quelque fausse doctrine, la crainte d'allumer une guerre qu'il serait impossible d'éteindre Fans autre fruit que de la perte de la liberté de l'Italie, la pensée de ne pas laisser sa propre maison embarrassée dans des inimitiés, et les scrupules et les remords continuels de conscience de n'être pas l'occasion que la maison de Dieu souffrit par sa faute quelque notable préjudice ou quelque diminution considérable.
« Que V. S. rappelle et réunisse ses armes, et recueille toute la générosité de son cœur pour la défense de la chrétienté exposée à un si grand péril, et pour repousser le barbare Ottoman que j'apprends avec une extrême douleur marcher vers la Transylvanie et la Hongrie, pour opprimer ces provinces par un débordement plein de fureur et de tempête. Qu'il fasse une digue contre cette inondation de la grandeur de son âme et de la sainteté de son zèle et, qu'imitant par une généreuse émulation l'exemple du grand Pi©* 11*, son généreux concitoyen, après avoir mis bas ces contestations inutiles avec le plus cher de ses enfants et celui à qui il a le plus d'obligation, qu'il l'oblige et les autres princes chrétiens à une union ferme et indis-
1. i^neas Sylvius Piccolomini (1405-1464), élu pape sous le nom de Pie 11 eo 1458.
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soluble, et qu*il se fasse le chef et Tauteur d'une sainte ligue. Se peut-il présenter une plus belle occasion que celle-ci pour rendre son nom et sa réputation immortelle dans tous les siècles? Maintenant, si la nécessité l'oblige à tirer quelque légère subvention des religions déjà ruinées, à se servir des décimées que l'on a imposées sur les ecclésiastiques pour le secours de l'empereur, et des deux cent mille écus que le cardinal Mazarin a laissés pour faire la guerre au Turc, et qu'il soit encore contraint de resserrer ses aumônes, ce sera avec beaucoup plus de gloire et ensemble plus de mérite que V. S. en usera ainsi, mais [si] hors de cette grande et si juste occasion elle applique ces fonds et ces assignations à quelque autre usage, ce sera ouvrir un large champ à l'avidité dévorante et insatiable de ce loup si fier de l'Orient, si on a voulu dissiper le patrimoine de J.-C. pour maintenir une pique particulière et purement temporelle et pour remplir sa bourse en une telle conjoncture.
u Et puisque cet incident m'a engagé à traiter le point des aumônes, je ne veux pas me dispenser de représenter à V. S. la douleur que me causent les relations de plusieurs religieux et curés de Rome touchant les misères extrêmes qui exercent maintenant la patience d'un très grand nombre de pauvres et honteuses familles de cette ville. Je laisse cette matière pour être court; mais je suis certain qu'elles attendriraient votre cœur et vous feraient jeter des larmes si je les rapportais avec plus de compassion et de tendresse que je ne fais, et si je vous faisais ressouvenir que l'état où elles sont réduites esl un objet digne de vous être proposé pour la distribution des charités de V. S.
« Oh! combien de fois me souviens-je de ce que, devant son heureuse exaltation au pontificat, elle me disait si souvent, lorsqu'étant embrasée d'un zèle si charitable, elle déplorait la joie que Ton avait dans le précédent pontificat d'avoir avancé vingt mille écus d'aumônes, coinme si l'on eût voulu, disait-elle, faire accroire à tout le monde qu'il n'y eût plus eu de pauvres dans Rome, et que pour cela il fût permis de mettre dans son trésor ce que Ton retire et que l'on recueille pour les nourrir et entretenir de la piété des fidèles. On retira, comme V. S. le sait bien, de l'Office de la Componende les deniers des aumônes des papes^ sur