‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 2)Chapitre 24 sur 455 · LIVRE XXXI · texte numérisé non relu

LIVRE XXXI

premier et ne devons pas par respect faire le second. Ainsi il faut s'arrêter au troisième qui est de n'en rien dire du tout, encore que le pape en ait parlé. Car il n'est pas nécessaire de parler de tout ce dont le pape parle, et il a toujours été permis dans l'Église de demeurer dans le silence touchant les points qui ne regardent point la foi, lorsqu'ils ont eu quelque doute du jugement qui en a été rendu par les juges ecclésiastiques. »

Autre même ire sur la même proposition.

« Il y a une équivoque dans ces paroles : qu'il faut convenir du sens de Jansénius pour savoir si l*on est dans ta vérité de la foi^ et que Von a souvent fait cette demande aux évêques et aux Jésuites,

u Garce qu'on a demandé, et ce qui est en effet nécessaire pour la foi, est que l'on explique ce que l'on a voulu condamner sous les mots du sens de Jansénius, c'est-à-dire que Ton forme certaines propositions claires et non équivoques, lesquelles contiennent tout ce que Ton entend par les mots de sens de Jansénius et ce que l'on prétend être condamné.

<( Mais on n'a jamais demandé qu'après avoir renfermé dans ces dogmes précis ce que l'on entend sous les mots de [sens de] Jansénius, on se mit en peine d'examiner si ces dogmes sont bien ou mal attribués à Jansénius, parce que c'est une question de fait inutile pour la foi.

« On fait encore la même demande aux Jésuites. On les prie de marquer distinctement et en particulier ce qu'ils entendent sous les mots de sens de Jansénius, et quand ils l'auront fait, on leur déclarera ou si Ton rejette avec eux ces dogmes qu'ils attribuent à Jansénius, ou si on ne les veut pas rejeter.

« Si on les condamne comme eux, il n'y aura aucune question de foi, et si on ne veut pas les condamner à cause qu'on prétendrait qu'ils sont orthodoxes, on est prêt de prendre le pape pour juge de ce différend.

« Mais on ne demande point aux Jésuites qu'ils prouvent que ces dogmes, dans lesquels ils renfermeront ce qu'ils entendent par le sens de Jansénius, sont véritablement de cet auteur, et l'on ne prétend point non plus être obligé de se déclarer sur ce point, parce qu'il est absolument inutile

pour la foi, et qu'on ne le peut faire sans blesser le respect dû aux constitutions. »>

Ceux qui savent que les Jésuites sont encore plus redoutables et équivoques dans les matières de doctrine qu'ils ne sont puissants en intrigues par le crédit qu'ils ont à la cour ne seront pas surpris de ce que les disciples de saint Augustin aient composé en ce temps-là tant de mémoires différents pour ne pas donner lieu à leurs adversaires de donner eux-mêmes de bonne foi et par un excès de simplicité dans le piège qu'ils leur tendaient, ils avaient d'autant plus de sujet de s'en défier qu'ils avaient de sujet de se plaindre d'un manquement de parole, puisque le P. Ferrier s'étant engagé dans le Languedoc à ne point parler du sens de Jansénius, il renouvelait cette ancienne querelle, sous prétexte de soumettre à l'examen de la conférence dont il s'agissait le sens des propositions attribuées à cetévêque.

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