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que le P. Ferrier avait débités chez M°»« de Sablé. Elle est datée du 25 juillet, et on en a l'original écrit de la propre main de M. Arnauld, mais puisqu'il a bien voulu [la] supprimer, et que sa justification ne dépend point d'une pièce de cette nature, quelque forte qu'elle soit, elle ne trouvera point sa place dans cette histoire.
CHAPITRE IX De ce qui se passa en ce temps \k à Poitiers et à Toulouse.
11 faut quitter pour un temps ces négociations de paix pour voir ce qui se passa pendant ce mois à Poitiers et à Toulouse pour les affaires de l'Eglise.
Lorsque le bachelier de Poitiers, nommé Dazay, eut distribué la thèse touchant rinfaillibililé du pape dont il a été parlé ci-dessus, M' Etienne Guerry, syndic de la Faculté de théologie dans l'Université de Poitiers, lui remontra qu'il fallait rayer la proposition touchant Tinfaillibilité du pape à cause des ordres du roi. Mais ce répondant, fort attaché aux Jésuites ses maîtres, n'en voulut rien faire, et comme il dépendait d'eux, il refusa de déférer à cet avis, ces Pères ne s'étant servis de lui que parce qu'ils n'avaient pas réussi quelque temps auparavant à Pacte d'un autre bachelier, nommé Corbin, qui étant averti des arrêts du Parlement sur cette matière, avait couvert d'un peu de papier l'endroit de sa thèse où il soutenait l'infaillibité.
On observait comme le sieur Filleau, avocat du roi au siège présidial, se tirerait de l'affaire de l'enregistrement de l'arrêt du mois de janvier. Mais on mandait de Poitiers qu'il avait été assez politique pour témoigner au Parquet, non seulement de l'indifférence pour la doctrine de l'infaillibilité, mais même qu'il était d'un sentiment tout contraire, ce qui avait peu de rapport avec sa conduite précédente. Il s'abstint néanmoins de demander l'enregistrement de cet arrêt, et se contenta de le faire requérir par le sieur Constant, son collègue, pour ne se point départir de sa coutume ordinaire, qui était de ne parler jamais dans les choses qui regardaient l'intérêt passif des Jésuites, l'un de ses plus grands principes étant de ne les choquer jamais. A son défaut, M. Constant
fit cette réquisition, et demanda qu'il fût communiqué au sieur Guerry, syndic de la Faculté, pour être inséré dans ses registres.
La convocation de tous les docteurs qui la composaient étant faite par les soins de ce syndic, les Jésuites s'y trouvèrent comme les autres, parce qu'ils y tiennent le rang de docteurs, et qu'ils se conduisent comme s'ils en étaient les maîtres, quoiqu'ils n'aient jamais fait d'acte en théologie pour y être agrégés, ce qui cause le murmure continuel des autres docteurs. Ces Pères, s'étant rendus dans le lieu de leur assemblée, empêchèrent parleurs artifices et leurs intrigues que l'arrêt du Parlement ne fût inséré dans les registres de la Faculté, disant ne le pouvoir faire sans encourir la disgrâce du pape et la perte de leurs privilèges. Ils firent cette déclaration publique par la bouche du P. Michel Desmonts, l'un de leurs docteurs régents en théologie^ et le syndic de la Faculté en demanda acte pour faire paraître son obéissance aux ordres du roi. Cependant les gens du roi au présidial de Poitiers, ayant appris le grand éclat que la thèse de Dazay faisait à Paris, et ne sachant ce qu'elle contenait que par le témoignage de la voix publique, parce qu'on ne leur en avait présenté aucun exemplaire, obligèrent ce bachelier de comparaître à leur parquet, et de la leur mettre en mains aussi bien que celle de Corbin. Ils s'informèrent aussi si l'arrêt du Parlement de Paris avait été enregistré par la Faculté de théologie. Et comme cette négligence ne serait pas demeurée impunie si les Jésuites eussent été convaincus d'en être les principaux auteurs, le sieur Filleau, dévoué à tous [leurs] intérêts employa Tarlifice à son secours, et comme il était doyen de la Faculté de droit, où cet enregistrement s'était fait, il en fit apporter le registre par le bedeau de la Faculté, nommé Joussant, et sauva par cet artifice la confusion qui était inévitable à ces Pères, ses meilleurs amis.
Ainsiles Jésuites ne se départirent point de leurs sentiments touchant l'infaillibilité du pape, et se garantirent de l'autorité du présidial au préjudice des droits du roi. Il est vrai que dès [que] le P. Desjumeaux, leur premier professeur en théologie, eut appris la résolution que l'on avait prise d'enregistrer l'arrêt de la cour, il cessa de dicter à ses écoliers les écrits qu'il leur dictait touchant l'infaillibilité
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du pape el son pouvoir sur le concile ; mais il ne cessa point d'en parler, et de traiter d'ignorant celui qui soutenait l'autorité du concile sur le pape, et d'employer même le terme de sciolus pour le rendre plus méprisable sans marquer plus particulièrement qui était celui qu'il voulait flétrir par ce terme injurieux^ quoique plusieurs crussent avec assez de vraisemblance qu'il avait dessein de marquer M. l'avocat général Talon, ce qui était une insolence effroyable. Les Capucins ne se taisaient pas, non plus que les Jésuites, et témoignaient leur étonnement sur le procédé de la cour, la thèse Dazay leur paraissant soutenable.
Ce ne fut pas là le seul service que le sieur Filleau rendit aux Jésuites, et lorsque la nouvelle de l'accommodement, quoique fausse, fut publiée dans Poitiers, il dit hautement dans les écoles de droit qu'enfin les jansénistes avaient abjuré leurs erreurs et leurs hérésies, et étaient retournés au sein de l'Église. C'était plutôt insulter aux disciples de saint Augustin par une malignité jésuitique que d'avoir une véritable joie de leur rétablissement.
On apprit vers ce temps-là une autre nouvelle de Toulouse, où les Jésuites avaient entrepris de ruiner le séminaire par l'autorité des vicaires généraux pendant la vacance du siège, et de renverser aussi une maison de piété ' où M»"® de Mondonville", personne de qualité, formait des filles pour l'instruction des filles de la campagne. M. l'abbé Ciron, qui était alors sur les lieux et qui s'opposa de tout son pouvoir à celte destruction, en envoya cette relation à Paris :
€ Il faut vous dire qu'il n'y a rien que les trois vicaires généraux, mes collègues, n'aient soulevé contre le séminaire de M"»* de Mondonville, aidés et mus à cela par les Révérends Pères, dont le capitaine obtint, il y a cinq semaines, une lettre de cachet par laquelle ils croyaient nous engloutir; et il s'est trouvé que ladite lettre était un affermissement de ces deux maisons, d'autant qu'elle n'était que contre les établissements faits durant le siège vacant, lesquels le roi nous ordonnait de supprimer. Je dis : nous,
i. L'Institut des Filles de l'Enfance, dont l'histoire est si dramatique. Cette histoire est imprimée.
2. Jeanne de Juliard, veuve de Turles de Mondonville, avait fondé rinstilul de l'Enfance, de concert avec l'abbé de Ciron. Elle fut reléguée à Coutances où elle mourut vers 1704.
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parce qu'elle était adressée aux vicaires généraux, dont j*ai rhonoeur d*être le premier en dignité, ancienneté et nomination. Sur cette lettre, ils donnèrent deux ordonnances. Tune contre le séminaire, l'autre contre M"« de Mondonville, défendant à MM. de Vignaux et du Cassé* d'enseigner dans ledit séminaire, faire des conférences, confesser et prêcher, sous peine d'interdiction ; et à M"' de Mondonville de recevoir des Biles et faire des écoles, sous peine d'excommunication; disant que tant elle que le sieur de Vignaux avaient commencé lesdites œuvres durant la vacance du siège. Voilà leur équipée. Cela leur a réussi comme ils méritaient, car le motif qu'ils allèguent est si manifestement faux que toute la ville s'est soulevée contre eux. L'hôtel de ville a envoyé à Paris une attestation signée du syndic de la ville et des huit capitouls, comme M"* de Mondonville fait toutes les mêmes choses depuis plus de six ans. MM. du Parlement, trésoriers généraux, présidial, bourgeois, en ont fait de même. MM. du chapitre leur ont donné un furieux démenti, car ils ont délibéré unanimement qu'on ferait un cerliGcat que la maison de M*"' de Mondonville était établie longtemps avant la vacance du siège, il a été fait et envoyé à Paris. Tout cela et plusieurs autres pièces convaincantes ont été envoyées à la cour, et mises en bonnes mains pour les faire valoir. M. l'archevêque les a reçues à Paris et a désavoué avoir aucune part, tant à la lettre de cachet qu'à l'ordonnance des vicaires généraux. Ils ne savent plus où ils en sont. Par-dessus le tout, M™« de Mondonville a relevé appel en cour de Rome, et depuis ils ne savent où donner de la tête, et n'ont pas osé se présenter. Joignez à cela que vous savez bien que je suis le premier des vicaires généraux, et vous jugez bien que je ne demeurerai pas les bras croisés, et que je saurai faire des ordonnances aussi bien qu'eux, pour peu que mes amis m'aident. Et pour ce qui regarde Paris, le roi a été instruit de tout, et de ce côté-là nous ne craignons rien. Au reste, pas une fille de la maison n'a bougé. Au contraire, il y a une dame des principales du Parlement qui, pour faire honneur à cette ordonnance, a pris ce temps-là pour y mettre sa fille, et s'en est déclarée ouvertement. M™« la Première présidente a dit qu'elle était bien fâchée que sa fille fût malade ; que si elle se portait bien elle l'y amènerait avec les autres qu'elle y a mises il y
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a longtemps, pour avoir part à cette excommunication. Ils machinent maintenant quelque autre chose. Mais Dieu confondra leurs conseils, et tout tournera à sa gloire et au bien de son œuvre. Nous avons plus de filles que jamais, et cette épreuve nous apprend que la croix donne la fécondité aux œuvres de Dieu. »
On ne saurait assez admirer Tesprit et la conduite des Jésuites, qui ne peuvent jamais souffrir le bien dans les autres quand ils n'y ont point de part. Le P. Ferrier était venu de Toulouse à Paris pour faire la paix de TÉglise, et ses confrères de Toulouse s'appliquaient de toutes leurs forces pour y ruiner des établissements de piété qui étaient l'édification publique de toute la ville et de tout le Languedoc. Ainsi on pouvait bien leur appliquer ces paroles d'un prophète : € Ils disaient : paix, paix, et il n*y avait point de paix. »
Cependant ceux qui n'aimaient que la paix du monde, et qui regardaient comme un souverain bonheur la satisfaction de n'être point troublés dans leurs emplois, briguaient par des soumissions la faveur et l'amitié de ces Pères. Plusieurs personnes de probité et d'honneur furent surprises quand elles virent que le P. Senault était de ce nombre, et qu'il eût voulu commencer son généralat par une déclaration publique de la liaison étroite qu'il voulait que sa congrégation entretint avec les Jésuites, et par une abjuration solennelle du prétendu jansénisme. On le reconnut par une lettre qu'il fit imprimer pendant le mois de juillet, sans aucun ordre de sa congrégation et sans aucune participation de son conseil, et qui fut aussitôt supprimée par cette raison. En voici deux articles considérables :
« Nous vous recommandons la charité, non seulement pour les nôtres, parlant d'eux avec estime, mais encore pour toutes les communautés religieuses, que nous devons honorer comme des parties considérables de l'Église, à laquelle ils servent par leurs travaux et [qu'ils] édifient par leurs exemples. Nous avons écrit pour ce sujet au R. P. vicaire général de la Compagnie de Jésus, et lui avons témoigné que nous désirions bien vivre avec les Révérends Pères, et conspirer avec eux pour le service de l'Église, pour la défendre contre tous les hérétiques. 11 nous a fait paraître par sa réponse qu'il acceptait cette oflfre avec joie et nous pré-
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venait même par ses soins. 11 a écrit à tous les HR. PP. recteurs de leurs collèges et les RK. PP. supérieurs de leurs maisons, pour les assurer de notre correspondance à ce bon dessein, et de l'estime et affection que nous voulons conserver pour leur compagnie...
« Nous recommandons aussi à nos professeurs en théologie de n'enseigner aucune opinion qui ne soit généralement approuvée de l'Église, ou qui approche du jansénisme; d'éviter toutes les questions qui les en pourraient rendre suspects, et d'ôtre soumis de cœur et de bouche aux constitutions de nos saints Pères les papes Innocent X et Alexandre VII. Ce dernier nous donne à tous sa bénédiction apostolique parle bref de Sa Sainteté dont je vous envoie la copie, qui nous témoigne la satisfaction qu'elle avait reçue de la dernière soumission de notre dernière assemblée à ses constitutions, et qui nous oblige d'y être plus soumis et attachés que jamais.
« Nous exhortons aussi nos professeurs en philosophie à se tenir aux opinions communes et reçues dans toutes les Universités, sans s'attacher à quelques auteurs modernes qui sont plus curieux que solides. »
On voit par là le tort que les Jésuites avaient eu de s'opposer avec tant d'empressement et de chaleur au généralat du P. Senault, qui ne leur devait pas être incommode, et qui se réglait aussi bien qu'eux à la disposition présente du temps pai'une prudence toute politique et toute humaine, sans consulter les règles de TÉglise et le témoignage de sa propre conscience.