LIVRE xxxin
devez néanmoins embrasser avec joie toutes les voies sûres et légitimes que Dieu vous pourra présenter pour y faire rentrer vos amis, qui se sont exposés avec tant de courage pour les vérités que vous souteniez, et que vous jugerez cela très important pour la cause môme et pour toute l'Église.
« Il y a deux choses ici bien considérables : Tune que la manière dont vous expliquez votre proposition ayant été vue ici, on ne fait nul doute qu*elle ne soit reçue de toute la Faculté, Tautre, que comme Ton eût proposé à M. deLuçon, entremetteur, que si l'on faisait difficulté sur le fait, on pourrait éluder cela en disant qu'il fallait attendre ce que le pape jugerait sur ce qu'on lui a écrit depuis peu à Rome, il répondit qu'il ne voulait point que cette affaire dépendit en aucuQe sorte de cet autreaccommodement du pape, parce qu'il pourrait mêler dans sa réponse quelque chose qui marquât^soB infailbbilité, à laquelle cet évéque est tellement opposé qu'il s'en déclare devant tout le monde.
« M Singlin vous baise très humblement les mains; il vous prie de considérer cette lettre comme s'il l'avait lui-même écrite, puisque j'ai appris de lui les principales choses que je vous mande.
« M. de Saint- Nicolas est très favorable à cette affaire quod minime mireris, et il se rencontre qu'il est aussi intime de ce prélat.
« Vous pourrez traiter ici de tout avec M. de La Lane, qui dans cette affaire s'accordera avec vous parfaitement, et qui a pour vous une vénération particulière. »
On crut qu'une lettre de la sœur Angélique de Saint-Jean à M. Arnauld, son oncle, lui rendrait encore cette proposition plus recevable, et l'ayant engagée à la lui écrire, elle le. fit ainsi le même jour 29 :
« On se pourrait passer de moi; mais on me fait plaisir néanmoins de me charger de vous écrire dans une occasion aussi extraordinaire qu'est celle qui se présente, et pour vous supplier de ne pas refuser à tous vos amis une chose que vous vous devez à vous-même, qui est de venir prendre part à un grand ouvrage qu'il semble que Dieu ait commencé, puisque les hommes n'y ont presque pas de part, et que l'accomplissement n'en dépend point de ceux qui rendent suspectes toutes les affaires dont ils se mêlent. C'est ce qui m'a fait concevoir tout d'abord une meilleure espérance
de celle-ci que de toutes les autres ; et il n*y en a point qui soit plus à souhaiter, puisqu'outre ce qu'elle est la plus avantageuse à l'Église et à la vérité, elle vous donnera aussi sans doute la plus grande consolation qui vous puisse arriver dans toute votre vie, qui sera celle de voir rétablir et la vérité et ceux qui ont souffert pour elle et pour vous un traitement si injuste. Il n'y a rien à quoi je souhaite davantage que vous puissiez contribuer, j'entends si Ton ne vous demande pour cela que ce que vous pouvez donner, et non pas ce qui appartient à Dieu dont vous avez la garde et non la disposition, puisque la vérité et la justice sont un dépôt où vous n'oseriez toucher, et qui doivent demeurer inviolables. L*on doit vous mander tout du long de quoi il s'agit. Il suffit que je vous en aie témoigné ma joie. Après cela, je ne vous demande plus que des prières pour la personne du monde qui est le plus à vous, et pour toutes celles que je sais bien que vous portez dans votre cœur, quelque éloigné que vous soyez de nous, et tout invisible que vous êtes lors môme que vous êtes plus proche. Mais si on remet tous les flambeaux de l'Église sur le chandelier, j'espère bien que vous ne nous serez plus caché, et que nous nous réjouirons et dans votre lumière, et de votre chaleur qui se sera bien accrue après tant d'années que vous avez été dans la fournaise où Dieu éprouve les justes, dont il y en a si peu qui soyent trouvés dans cette épreuve dignes de lui, et qui demeurent fermes dans la vérité. Pour nous, nous n'y sommes pas encore entrées bien avant, et il nous reste encore tant à purifier que j'ai de la peine à m'imaginer que Dieu nous en retire sitôt; si ce n'est que le peu d'usage que nous avons fait d'une épreuve si précieuse nous rende indignes de souffrir davantage. Priez-le pour nous. »
M. Arnauld était sur le point de faire un pèlerinage à Clairvaux lorsqu'il reçut ces trois lettres, et il y repondit ainsi :
« Votre lettre m'a fait changer la résolution que j'avais prise d'écrire une terrible lettre à M. de Gomminges*... »
On aurait pu copier ici la lettre dont parle M. Arnauld, écrite à M. de Comminges, pour le solliciter de rendre témoignage à la vérité contre les faussetés et les mensonges