‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 2)Chapitre 26 sur 455 · LIVRE XXXI · texte numérisé non relu

LIVRE XXXI

jansénistes étaient des gens de cabale. C'était l'impression que les Jésuites en avaient donnée à S. M. dès son enfance, et ils n'avaient rien oublié pour les lui rendre odieux en tâchant de les lui représenter comme ennemis de son gouvernement, ce qui était dit en l'air et sans aucun fondement légitime. Néanmoins M. de La Lane ne faisait nul état de cette restriction de séjour à Paris pour un mois seulement; et il le pressait de la part de M, Tarchevêque de Paris de s'y rendre en diligence pour se mettre en possession de cette liberté; car, disait-il, « si l'accommodement se fait, il ne faudra plus de négociation pour vous; et s'il ne se fait pas, vous vous en retournerez dans votre solitude après Pâques. » Il ajoutait que comme c'étaient les Jésuites qui avaient fait la première proposition de cet accommodement, ils paraissaient le vouloir de bonne foi. Qu'en effet, ils demeuraient d'accord de laisser le fait à part et de n'en exiger aucune signature, et cela étant, puisqu'ils ne pouvaient condamner ce qu'on avait dit sur le droit, cela ne pouvait causer aucune rupture. Il lui mandait aussi que l'on savait publiquement qu'on travaillait à cet accommodement, mais que Ton n'en savait pas le détail. Voilà comment raisonnait M. l'abbé de Valcroissant; mais M. Taignier, qui n'espérait rien de celte négociation, ne prit nulle* ment le parti de faire le voyage de Paris pour se mettre en possession de cette liberté qu'on lui offrait pour un mois; et il fut confirmé dans cette pensée par M. Singlin, qui jugeait que si ce traité de paix réussissait, il y trouverait indubitablement sa liberté, au lieu que s'il ne réussissait pas, c'était une chose très dangereuse pour lui d'avoir décelé sa retraite par sa sortie.

Ce fut aussi ce qui empêcha M. Arnauld de se produire dans cette conférence, et il est certain que dans tout le temps de sa vie il ne fut jamais si redoutable aux Jésuites que tant qu'il demeura caché, et que ce leur eût été un grand avantage de l'avoir tiré de sa retraite sous prétexte de cet accommodement, puisqu'en se produisant dans le monde, il lui était presque impossible de ne pas découvrir le lieu où il s'était retiré, ce que les Jésuites avaient tâché de reconnaître avec les plus grands empressements du monde.

Durant ces négociations secrètes, il arriva un incident qui

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engagea ces bons Pères dans une nouvelle affaire dont la cour du Parlement de Paris se vit obligée de connaître pour les droits de l'Église gallicane et les intérêts de la couronne. Un bachelier, breton de naissance, nommé Gabriel Drouët de Villeneuve, devait soutenir en Sorbonne, une thèse de grandeur ordinaire, à laquelle M. Vincent de Meur, docteur delà maison de Navarre, qui passait publiquement pour un jésuite travesti, devait présider. Lorsqu'il eut distribué cette thèse, les personnes éclairées y remarquèrent plusieurs propositions très dangereuses, et qui ne tendaient qu'adonner au pape une plus grande autorité que n'est celle qui lui est attribuée par les saints canons, car il soutenait entre autres choses : que J.-C. a donné à saint Pierre et à ses successeurs une souveraine autorité au-dessus de l'Kglise. Que les évêques de Rome avaient accordé des privilèges à quelques églises, comme à l'Église gallicane; d'où il était aisé de conclure que selon lui, les libertés de l'Église gallicane, qui consistent dans l'observation des saints canons, n'étaient que des grâces accordées par les papes, et par conséquent révocables; que les conciles généraux sont très utiles pour extirper les hérésies et les schismes et ôter les autres maux, mais qu'ils ne sont point absolument nécessaires.

Cette thèse étant tombée entre les mains de M. l'avocat général Talon, il la porta lui-même à la Grand'chambre le 19 janvier, qui était le jour qu'elle devait être soutenue; il la dénonça hautement à la cour, et l'accusa de contenir plusieurs fausses et pernicieuses maximes contraires aux anciens décrets de l'Église catholique, aux libertés de l'Église gallicane, aux anciennes résolutions et sentiments de la Faculté de Paris et de son école de théologie, et demanda qu'elle fût examinée comme méritant une pareille condamnation que quelques autres mauvaises thèses de même nature qui avaient été proposées par le passé ou à Paris ou dans d'autres universités. Sur quoi, la cour ordonna que cette thèse serait mise au greffe, et que le syndic de la Faculté, le président de l'acte, et le bachelier qui se préparait à la défendre viendraient le lendemain samedi à la cour en rendre raison, et cependant défense de la soutenir, d'en disputer, et d'en faire l'acte.

Le samedi 20, M. Martin Grandin, syndic de la Faculté,

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