‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 2)Chapitre 27 sur 455 · LIVRE xxxt · texte numérisé non relu

LIVRE xxxt

accompagné du président de Fade et du bachelier qui avait distribué la thèse, étant entrés en la Grand'chambre par ordonnance de la cour, messieurs les gens du roi furent mandés, et en leur présence M. de Lamoignon, premier président, exposa à ces trois théologiens les motifs qui avaient porté la cour à les faire venir, et leur demanda comment et par quelles raisons ils pouvaient soutenir dans leurs thèses les étranges propositions qui y étaient contenues et qui dès l'abord paraissaient fort témérairement avancées, telles qu'étaient ces propositions : que J.-G. a donné à saint Pierre et à ses successeurs une souveraine autorité au-dessus de l'Église, maxime contraire à celle que l'on tient et que l'on doit tenir en France; que pour de certaines causes, il a donné des privilèges à quelques églises comme à celle de France ; que c'est lui qui juge tous les prélats de l'Église au lieu d'en être jugé; puisqu'on ne lit point qu'il y ait jamais eu personne qui ait jugé légitimement les évéques de Rome, ce qui est contre l'autorité des conciles qui ont déposé des papes; que les conciles généraux sont quelquefois très utiles, mais [qu'] ils ne sont jamais nécessaires, ce qui est une doctrine fausse et hérétique ; que ce qu'ils disaient des libertés de l'Église gallicane est insoutenable, puisqu'elles étaient bien différentes des privilèges accordés par le pape, n'étant que l'ancien droit de l'Église, par la pratique duquel la France s'était toujours maintenue danssa première liberté depuis qu'elle a reçu la foi, s'étant maintenue par ce moyen contre les entreprises de la cour de Rome, au lieu que les privilèges sont des dérogations à ces saintes règles et au droit commun; qu'enfin la thèse contenait plusieurs autres mauvais sentiments, tel qu'était celui-ci : que le pape pouvait aussi bien déposer les évêques que les instituer et les établir; qu'il leur pouvait donner des vicaires contre leur gré pour faire les fonctions pastorales dans leurs diocèses, quoique tous les théologiens catholiques demeurent d'accord que l'épiscopat dépend de Dieu seul, et que tous les évéques le tiennent par indivis avec le pape, et ne font qu'un seul et même évêque.

La réponse de ces trois théologiens fut fort faible, et ils dirent seulement que cette doctrine partageait les sentiments dans l'école; que plusieurs grands et célèbres doc-

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leurs avaient été de même avis que celui qui était exprimé dans la thèse, et qu'il s'en était déjà soutenu plusieurs semblables.

M. Grandin, syndic de la Faculté, voulut apporterplusieurs ridicules distinctions, dieant que les privilèges dont le bachelier parlait se réduisaient seulement à ceux des réguliers que le pape avait accordés. Mais enfin il confessa que comme il était chargé de plusieurs affaires et avait quantité d'autres thèses à examiner, il n'avait pas fait assez d'attention à celle-là, et que toutes ces considérations lui avaient échappé, et s'offrit de faire imprimer d'autres thèses où ces propositions ne seraient point.

Enfin M. Talon, prenant la parole, montra que ce qui s'était passé en cette occasion ne venait pas d'une simple erreur, qu'il ne fallait pas l'attribuer à une simple méprise ; mais que c'était l'effet visible d'une cabale formée pour introduire une mauvaise doctrine; que l'on avait vu ce même docteur président soutenir une pareille thèse, il y avait deux ou trois ans, pendant qu'il était bachelier; que ce n'était que depuis peu de jours qu'elle était venue à sa connaissance ; que cette conspiration paraissait par un grand nombre de thèses conformes à cette nouvelle doctrine, qui avaient été soutenues dans le collège des Jésuites, dans la Faculté des décrets et ailleurs. Que même un jésuite de Lyon (c'était le P. Théophile Raynauld) avait mis au jour un livre pernicieux intitulé : Ajtoç £ça. Qu'ayant toutes ces pièces en main, il les avait vues et examinées ; qu'à la vérité, il n'y avait nul sujet de s'étonner que les Jésuites eussent fait ce livre et publié ces thèses, puisque c'était leur doctrine ; mais qu'on eût la témérité de les soutenir dans la Faculté de théologie de Paris, dont les anciens décrets et les résolutions étaient tout à fait contraires à cette nouvelle doctrine, c'était ce qui ne se pouvait souffrir; qu'à cause des questions du temps et de l'affaire du jansénisme, à laquelle on tâchait de rapporter toutes choses, on avait été contraint de dissimuler ces thèses des Jésuites, et de se contenter des distinctions qu'ils avaient apportées pour les faire paraître moins odieuses; mais que le mal allant à l'excès, il n'y avait plus lieu de le souffrir et d'admettre de telles distinctions. Qu'encore qu'une proposition fût problématique^ et qu'on lui pût don-

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