‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 2)Chapitre 264 sur 455 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

M. de La Laae poursuit son éclaircissement avec M. Âroauld et M. Nicole.

La réponse que M. Arnauld avait faite à M. de La Lane le 5 août n'était d'elle-même que trop capable de satisfaire cet abbé, si le fantôme de la paix l'eût rendu capable de se satisfaire des plus solides raisons. Mais il était trop prévenu de cette idée si agréable pour être susceptible de quelque autre chose, et bien loin de se désabuser lui-même, la douce préoccupation de l'accommodement dont il se flattait lui dicta encore une autre lettre qu'il lui adressa le 19 août :

M Je réponds un peu tard à celle que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire, parce que rien ne m'a pressé. Il est vrai qu'on alla un peu vite, mais ce qui en fut cause fut que tous approuvèrent cet acte, et que M. de Comminges pressait fort à son ordinaire d'avoir réponse. Je vous ai déjà rendu raison pourquoi je ne vous le communiquai point moi-même, parce que tous l'approuvant, je présumai que vous l'approuviez aussi ; et je croyais qu'il était très important que l'on pût dire que vous n'y aviez point de part^ comme nous le dimes aussitôt à M. de Comminges, afin que vous fussiez plus libre en cas que l'événement ne fût pas tel que nous l'espérions. Et il semble même par la conduite que M. Nicole tint, qu'il jugeait à propos que vous ne le sussiez point. Car, hors ces circonstances, vous savez que j'ai toujours et recherché, et estimé, et suivi vos sentiments. Il est vrai que je les sus deux jours après par ce billet que je vis. Mais rafl"aire était déjà engagée et avec M. de Comminges et avec les Jésuites, quoique l'acte ne fût pas signé. Et aussi n'ayant pas cru en elTet qu'il y ait rien contre la conscience, ni même contre la prudence, et vos raisons que nous vîmes ensemble ne m'en ayant pas con-

l. V. Œuvres d' Arnauld, t. I, p. 391.

406 MÉMOIRKS DE 60DEPR01 HERMANT

vaincu, je ne crus pas que nous pussions ni dussions manquer à la parole donnée, quoi qu'en effet nous y fussions résolus si nous eussions rien vu contre la conscience. Au reste, M. Nicole m'impute une chose par sa lettre, dont, par la grâce de Dieu, mon esprit est entièrement éloigné envers tout le monde, mais principalement envers vous, car il croit que cet acte était concerté, et que je ne voulus pas vous en parler quand je vous vis. Je vous assure que lorsque j*allai chez vous, je n*en avais aucunement ouï parler, et que ce ne fut qu'en m'en retournant et en passant chez M. Girard qu'il me le montra. Et même je n'y fis presqu*aucune réflexion parce que je crus que ces paroles : ad iestificandum^ etc. le feraient entièrement rejeter par M. de Comminges.

« Quant à ce qu'on dit que vous n'improuviez pas l'acte en soi comme mauvais, mais que vous y trouviez beaucoup de péril parce qu'il pouvait attirer de fâcheuses suites, ce fut M. Singlin qu'il nous dit*, et il me semble même que les raisons que je vis entre les mains de M. de Pontchàteau regardaient plutôt ce péril que l'acte en soi, que vous ne condamniez pas comme mauvais. Et ainsi je vous assure, et que cela s'est dit sincèrement, et que l'on n'a pas d'autre intention que de vous rendre service, et à la cause. Et il semble aussi que l'acte n'étant vu de qui que ce soit, il n'était point nécessaire que vos amis publiassent si hautement et à tant de personnes que vous Timprouviez. Voilà, je crois, assez d'éclaircissement sur cette affaire.

« Pour celle de Sorbonne, je la vois éloignée par le départ de la cour; car on veut que M. de Paris y ait part, et il doit partir dans trois jours, et ainsi rien ne vous presse pour cela. Je suis toujours fâché que vous soyez si loin. Car enfin on ne se peut passer de vous, y ayant toujours quelque chose à faire. *>

11 n'y avait rien à faire, puisque le bref donné à Rome excluait toutes les délibérations: et M. Arnauld n'était pas fort loin, puisqu'il y avait deux jours qu'il était revenu à Paris avec M. Taignier, que lui et M. Nicole avaient pris a Troyes ; mais il avait de grandes raisons de se tenir bien caché, et de ne se pas découvrir dans une telle conjoncture

Page 1