LIVRE XXXIII
feront. Aussi n'ai-je pas répondu à cette lettre. Je crains qu'on ne leur puisse appliquer ce que je lisais avant-hier dans Isaïe : Angeli pacis amarè flebunt ».
M. Petit, curé d'Herblay, paraissait encore plus outré qu'aucun autre du succès de cet accommodement prétendu. Voici ce qu'il en écrivait le 1^^ septembre à un docteur de ses amis :
« Je suis autant surpris que vous du peu de prévoyance de ces Messieurs, qui n'ont pu être assez sages à leurs dépens. Ils ne se sont pas souvenus que ce qui avait ruiné tout avait été le voyage de Rome. Aujourd'hui ils y retournent, sinon en personne[s], [du moins] par lettres et procurations nomineom/i/M7/ï. Je ne sais pas comme ils l'entendent, car s'ils me mettent de ce nombre général, ils se trompent fort. J'écrivis le mercredi des fêles de Pâques à M. l'abbé de Valcroissant que je ne signerais point en aucune façon le fait, ni en la manière de ceux de Louvain, ni en quelque autre que l'on proposât; que je promettrais bien de ne point écrire contre les constitutions que je crois ne valoir rien ; mais de promettre par ma signature un silence sur le fait de Jansénius, je ne le peux. Car je suis assuré que toutes fois et quantesque quelqu'un dira que les cinq propositions sont dans Jansénius et condamnées en son sens, je ne me pourrai pas taire, et n'en aurai ni ai la volonté, et partant je signerais contre la vérité et la sincérité de ma conscience. Voilà la déclaration que je fis pour lors sur le fait, et que j'ai réitérée depuis plusieurs fois verbalement, et encore par écrit le 3 juillet dernier. Pour ce qui regarde les articles de la doctrine, j'ai refusé de les signer. Car il me semble que les Pères et Saint-Augustin même ne se sont point servis de ces termes équivoques dont les deux partis se servent pour se tromper l'un l'autre. Cela me semble peu chrétien, et la vérité ne se défend que par des moyens légitimes et sincères. 11 faut parler le même langage, et encore celui de nos Pères. Je ne connais point de plus solide finesse que de procéder sincèrement. Ce n'est pas que je ne défende bien la vérité de la grâce par ces articles et que l'on ne s'en puisse servir. Mais mes raisons étaient, pour lie point signer le fait ni même les articles, que sans doute le pape ne manquerait pas de faire de grandes congratulations de notre retour au giron de l'Église et d'avoir
par ses soins extirpé l'hérésie du janséuisme; qu'il se coDJouirail avec les Jésuites, sans doute par des bulles et des brefs. Vous voyez que ce que je leur ai récrit est arrivé de méme, et je prétends avoir des lettres de prophète de votre par». Je vous proteste devant Dieu que j'aimerais mieux avoir donné cent vies, si je les avais, que d'avoir signé ni le fait ni le droit. Si je suis catholique, je l'ai toujours été ; si j'ai été hérétique, je le suis encore. Nous étions en repos, pourquoi donner occasion au pape de parler, qui sans cela n'en avait point? Nous avons fait échouer le mandement à Morel {sic) ; et moi j'avais fait désavouer les grands- vicaires par acte capitulaire des poursuites qu'ils nous faisaient pour la signature. Us n'eussent jamais osé en parler davantage ; et à présent on nous remet à l'A B C. Enfin, nous verrons ce que les Jésuites feront avec leur bref, et chacun se défendra en son particulier comme il avisera bon être, et ceux qui ont fait des folies les essuyeront tout seuls. J'ai toujours dit : Timeo Danaos et dona fer entes. »