LIVRE xxxiii
couru sous son nom. Pour moi, je vous avoue que ces ■plaintes me percent le cœur, et que je ne puis apprendre qu'avec douleur que le P. Ferrier se vante d'avoir divisé les amis, ce qu'il estime le plus grand fruit des conférences, et pour lequel il méprise tout ce qui pourra réussir du bref. J'avais toujours bien prévu qu'on en viendrait là, et celte persécution m'est plus rude que toutes les autres. Ce sont mes péchés qui en sont la cause, et qui ont empêché l'effet des prières que j'ai faites pour Tunion et la concorde de nos amis.
a Si M. Arnauld avait fait imprimer lui-même sa lettre à contre-temps, il serait blâmable d'imprudence. Mais je ne vois pas qu'il soit fort criminel d'avoirécrit depuis la signature de nos deux amis ce qu'il a écrit vingt fois avant cette clôture de transaction, et ce que j'ai écrit moi-même, quelque indigne que je sois de me comparer avec des personnes d'un si grand mérite. L'amour de la vérité devrait étouffer nos plaintes, puisqu'elle est Tunique but que nous avons sans cesse devant les yeux. Si c'est un crime de ne pouvoir désirer la paix qu'honnête et par des moyens tout ù fait honnêtes, je suis donc fort criminel en cela aus??i bien qu'en beaucoup d'autres choses, puisque c'est ma disposition constante. On ne dira pas de moi avec fondement que je suis un de ces généraux qui veulent faire durer la guerre parce qu'ils y trouvent leur compte, étant de nulle considération, et ne trouvant en cette dispute qu'une humiliation très fâcheuse dans ses suites, et qui choque naturellement l'orgueil dont je suis rempli. Mais je ne puis changer de discours à mesure que je vois changer ceux qui ont fait de si grandes avances* en leur nom et au nom des autres. Ce serait être injuste de vouloir juger des choses parles événements, et de condamner absolument les différentes révolutions d'esprit de ceux qui ont été obligés de traiter la plus grande affaire de l'Église. Mais ils devraient aussi, ce me semble, ne pas se blesser si fort d'une parole innocente en elle-même, qui a été écrite dans une pressante nécessité par une personne dont la lumière et la sincérité leur sont connues. Unissons-nous tous pour la défense delà même cause, et ne donnons point aux ennemis de la paix un sujet de joie, et le plus grand avantage qu'ils soient capables de recevoir par notre division. Que ceux qui
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s^ofTensent de cette lettre ne la prennent pas pour eux, puisqu*ils n*y sont pas marqués plus que d'autres; et qu'ils ne fassent point une anatomie si rigoureuse de quelques syllabes, après avoir eux-mêmes obligation de rendre compte au public d'une chose aussi importante qu'est Tacte qu'ils ont donné, et qui est la principale cause de leur embarras. Que celui qui a écrit cette lettre ne se refroidisse point à l'égard de ceux qui lui en font de si grands reproches, et qu'il apprenne de plus en plus à donner des marques de sa charité et de son humilité.
c Je ne croyais pas m'élendre si loin. Excusez ma liberté. Je suis tout à vous. »
Comme celte petite guerre civile entre les amis continuait toujours, M. Hermant en écrivit encore à M. Ârnauld, le 25 de septembre, une lettre où il loue ce docteur son ami de sa grande modération :
tt 11 faut, lui mandait-il, que je vous avoue quMl y a des gens qui sont extraordinairement heureux. Car quand on a réfuté leurs écrits avec une force et une vigueur pleine de lumière, ils ne laissent pas de conserver dans l'esprit de leurs amis la réputation d'être les plus savants hommes du siècle. Et quand ils ont sujet de s'humilier par de très mauvais succès qu'ils se sont attirés eux-mêmes après avoir reçu cent avis de les éviter, on ne laisse pas de les regarder comme des personnes d'une prudence consommée et comme Tunique règle de la conduite.
a Je répands mon cœur dans le vôtre avec beaucoup de liberté, mais je sais bien à qui j'écris, et je me promets assez de votre discrétion que vous ne me ferez pas de nouvelles affaires dans un temps où je vois bien que tout le monde conspire pour m'accabler Nous pourrions nous appliquer à nous-mêmes la peinture que saint Basile fait du trouble et des divisions de son siècle, et surtout au sujet de la désunion des frères et des amis. Mais ce qui me console au milieu de tous ces maux est de voir que la vérité n'est pas encore universellement abandonnée de tout le monde, et qu'elle vit encore dans le cœur de ceux à qui elle parait préférable à toutes les douceurs de cette vie. Nin Dominus Sabaoth reliquisset nobis semen, sicut Sodoma facti essemus, et sicut\Gomorrha similes fuusemus.
« Je suis fort édifié de la manière si charitable avec