‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 2)Chapitre 317 sur 455 · LIVRE XXXIII · texte numérisé non relu

LIVRE XXXIII

moyens propres pour l'exécuter. Qu'il était content de sa conduite, et que si sa négociation n'avait pas réussi, ce n'était nullement sa faute, mais uniquement celle de ceux qui ne voulaient pas se rendre à ce que le pape et les évèques exigeaient d'eux. Et ensuite, comme ce prélat insista sur son congé. Sa Majesté lui dit qu'il pouvait se retirer dans son diocèse quand il lui plairait, et sur cette déclaration M. de Comminges prit congé de Sa Majesté.

Étant retourné à Paris, il fit assembler ces messieurs, et leur fît le rapport de ce qui s'était passé à Vincennes le lundi et le mardi précédents à l'occasion de leur acte. Ensuite de quoi il leur déclara qu'il allait se retirer de Paris sur le congé qu'il en avait obtenu du roi. Ils le conjurèrent de demeurer pour soutenir l'affaire dans laquelle lui même il les avait engagés; ils lui remontrèrent que pour justifier lout le procédé qu'il avait tenu dans cette négociation, il était nécessaire d'en faire une relation pour être mise dans les mains de tout le monde. Mais il leur dit que le temps n'étant nullement propre pour rien publier, il valait mieux garder le silence et s'exposer à tout ce qui pourrait arriver en s'abandonnant à la Providence de Dieu. Ainsi ces messieurs, voyant qu'il n*élait point d'avis de rien faire, le remercièrent de la bonté qu'il avait eue de parler «u roi et aux trois prélats du conseil de conscience en leur faveur en la manière qu'il avait fait, et se retirèrent.

Le lendemain, ils s'assemblèrent chez M. Girard, et ensuite allèrent chez M. de Saint-Cyran, où ayant fait le récit de tout ce que M. de Comminges leur avait dit, cet abbé fut d'avis de l'exécuter de point en point et de garder le silence. Mais ces messieurs s'étant assemblés entre eux délibérèrent sur la nécessité qui leur semblait évidente et indispensable de faire quelque chose pour détromper le public et pour donner à connaître, non seulement comment les Jésuites les avaient trompés, mais même qu'on ne pouvait point exiger d'eux plus que ce qui était porté par l'acte qui avait été présenté au roi.

Ce fut dans cette délibération qu'ils arrêtèrent de dresser une relation abrégée de tout ce qui s'était passé dans les conférences, de rendre publique la lettre de ce théologien de Rome, leur acte latin auquel ils ajouteraient leur acte que M. de Comminges avait présenté au roi pour être mis

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en la place de cet extrait de Pacte que M. d'Andilly leur avait fait promettre de ne pas publier; et en même temps ils prirent la résolution de travailler avec le plus de soin qu'il leur serait possible pour instruire du fond de leur affaire les évêques qui devaient former rassemblée. Ils dressèrent un petit mémoire d'une demi-page d'écriture, dont ils firent faire plusieurs copies, dans lequel ils représentaient aux évêques les mauvaises conséquences qui naîtraient de l'exécution de ce bref, et ils en firent présenter par leurs amis à tous les évêques qui étaient alors à Paris.

L'horreur que tous les gens de bien témoignèrent de la fourberie des Jésuites était si publique qu'elle était capable de justifier le procédé de ces messieurs, car ils n'y avait pas même jusqu'aux meilleurs amis de ces bons Pères qui ne plaignissent ceux qu'ils avaient traités avec tant de duplicité et de mauvaise foi. Car tous ceux en qui il restait encore quelque sentiment d'humanité, sans savoir le fond de l'affaire, se réjouissaient de voir toutes choses se disposer à faire cesser la division et à rétablir la paix de l'Église, et ils ne s'attendaient nullement à un tel succès, ni à voir l'affaire dans une confusion si déplorable qu'il ne restait plus à l'avenir aucune espérance de paix. Mais quand ils surent que le P. Annat, ayant eu entre les mains le paquet de M. de Comminges, au lieu de l'avoir fait réussira l'avantage de la paix, comme il lui eût été facile, s'en était servi pour renouveler la guerre plus que jamais, et pour opprimer ceux qui avaient traité de bonne foi avec lui, ils ne purent apprendre sans indignation un procédé si peu chrétien et si injuste.

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