LIVRE XXXIII
de rebelles à l'Eglise. Le roi demeura satisfait de ce que M. de Comminges lui dit, et après avoir entendu la lecture de ce petit écrit, il le reçut en disant : « Je verrai cet acte avec MM. de Paris et d'Auch, et je l'examinerai avec eux. » Dès que M. de €k>mmiages se fut retiré, S. M. le communiqua à ces deux prélats et au P. Anuat. M. d'Auch et ie jésuite rimprouvèrent, disant au roi qu'il n'était pas tel ' qu'ils l'avaient promis au pape, et ne parlait pas en termes assez clairs de la condamnation de la doctrine de Jansénius que Sa Sainteté avait condamnée, et que c'était en cela.que consistaient l'erreur et l'opiniâtreté des jansénistes. M. de Paris, qui avait été le malin d'un avis tout contraire, se rangea de leur côté, et ne fit valoir aucune des raisons qui l'avaient porté à dire que pour lui il se contenterait de cet acte comme étant plus que suffisant pour décharger du crime d'hérésie et de celui de rébellion ceux de qui il l'avait reçu. La complaisance et la faiblesse lui firent changer de sentiment en un instant. Ainsi il fut conclu dans ce conseil que cet acte serait rejeté comme insuffisant, et le roi déclara qu'il ordonnerait à M. de Comminges d'en exiger un autre plus net et plus expressif que celui-là.
Aussi y avait-il toutes les apparences du monde de croire que cet acte serait rejeté parle conseil de conscience; car comme il finissait l'affaire s'il eût été agréé, tout le monde eût donné le tort aux Jésuites d'avoir si longtemps troublé l'Église sur une mésintelligence et sur le refus qu'ils avaient fait d'entrer en conférence avec ceux qu'ils traitaient de jansénistes. L'erreur qu'ils leur avaient imputée aurait passé pour une hérésie imaginaire, et le zèle de ces Pères pour un aveugle emportement. Et quoique le bref marquât que cette hérésie était réelle et effective, et que le pape s'y réjouît avec les évéques à qui il l'adressait de ce que ceux qui étaient infectés de cette hérésie étaient revenus de leurs erreurs, et que môme l'acte présenté au roi semblât assez favoriser cette opinion; néanmoins le P. Annat n'était pas content, à moins que ces messieurs ne reconnussent euxh mêmes qu'ils avaient été dans ces erreurs et qu'enfin ils - les avaient quittées. 11 fallait conserver toujours le moyen de persécuter les ennemis de la compagnie afin de les exterminer. 11 fallait aussi maintenir l'opinion de l'infaillibilité par l'exécution authentique de ce bref dans une
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assemblée d'évôques et par des lettres circulaires dont le grand éclat pût contenter Rome. Il fallait de plus sauver l'honneur des évéques en faisant ordonner la signature du formulaire; et enfin il fallait exécuter avec respect l'article du testament* du cardinal Mazarin, qui portait que S. M. devait sur toutes choses employer son autorité pour exterminer les jansénistes, n*y ayant point dans son État de gens plus dangereux, ni plus capables d'en troubler la paix que la cabale de ces nouveaux hérétiques. Ainsi il fut arrêté dans ce conseil que rassemblée des évéques se tiendrait au premier jour de la semaine suivante.
Le lendemain mardi, M. de Comminges étant venu trouver Sa Majesté pour savoir si elle était satisfaite de cet acte, le roi le tirant à part lui témoigna n'en être point satisfait, et que son conseil de conscience l'avait trouvé insuffisant. C'est pourquoi il voulait que ceux qui avaient traité avec lui en fissent un autre où ils s'expliqueraient en termes plus clairs et moins équivoques qu'ils n'avaient fait dans celui-là. M. de Comminges, surpris de cette déclaration, remontra à Sa Majesté que ces messieurs avaient fait dans cet acte tout ce que la conscience leur pouvait permettre, et que s'ils n'avaient pas fait ce plus qu'on avait conseillé à Sa Majesté d'exiger d'eux, c'était parce que le même principe de conscience leur avait fait juger qu'ils ne l'avaient pas pu. Qu'il était témoin de la sincérité et de la modération de ces messieurs, qui s'étaient conduits dans toute la suite de cette affaire avec toute la vénération qui était due au Saint-Siège et avec tout le respect que Sa Majesté pouvait attendre de ses sujets les plus fidèles et les plus sages. Qu'il voyait bien que d'exiger encore d'eux quelque chose de plus, c'était leur demander des choses qui leur étaient impossibles; et que comme toute sa négociation se terminait par cet acte, il suppliait Sa Majesté [de lui permettre] de se retirer dans son diocèse, et le décharger entièrement de la commission qu'il lui avait dcmnée de travailler à cette affaire. Sur cela le roi lui dit que dès que ses affaires le pourraient permettre, il ferait faire une assemblée des évéques qui se trouveraient à la suite de sa cour, et que là il ferait faire l'ouverture du bref, et ensuite délibérer sur les
1. On lisait an ms. : du testament secret. Le mot sécréta, été barré.