‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 2)Chapitre 350 sur 455 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Le roi donne audience aux prélats de la petite assemblée. Lettres de ces évoques au pape et aux archevêques et aux évoques de France.

Le roi, ayant appris le résultat de l'assemblée des évoques , témoigna en Aire satisfait: mais il ne put pas s'abstenir de rire quand il apprit que M. le cardinal Antoine Barberin était nommé pour lui faire harangue au nom de l'assemblée, et Sa Majesté dit depuis plusieurs fois qu'il eût voulu avoir donné une somme considérable pour être déchargé d'entendre cette harangue, parce qu'il ne savait pas comment ce cardinal pourrait s'en acquitter, lui qui ne pouvait pas dire l'oraison de la prière qui se faisait le soir dans sa chambre sans lire dans un papier, n'ayant pu encore l'apprendre par cœur. On sut aussi qu'il s'était adressé à un chartreux pour lui composer cette harangue, et quoique la chose dût apparemment demeurer secrète par la qualité de celui qui lui avait rendu cet office, et par la retraite et le silence dont il faisait profession, néanmoins on le sut à la cour, et on en railla partout dans le monde avant qu'elle fût prononcée.

Enfin le jour de l'audience étant venu, qui fut le lundi suivant, S'idu mois d'octobre, ce cardinal prononça sa harangue le mieux qu'il put, et le roi l'écouta de son côté autant bien qu'il lui fut possible. Sa Majesté lui promit, et à tous les évoques qui l'accompagnaient, de faire toutes choses

pour appuyer Texécution de leurs bons desseins ; dit qu'il leur accordait dès ce jour pour cet effet tout ce qu'ils pouvaient désirer de lui, et particulièrement la déclaration qu'il enverrait par tout son royaume pour obliger tous les évéques à faire signer sous peine de la saisie de leur temporel, et les ecclésiastiques sous peine d'être privés des biens qu'ils se trouveraient posséder, soit temporels, soit spirituels. La reine-mère et les ministres leur témoignèrent la même chose, et leur promirent toute assistance auprès de Sa Majesté. Quelques jours après, M. le cardinal Antoine ayant attendu chez lui les évéques, selon qu'il leur avait fait savoir, pour relire les lettres au pape et aux évéques, nul des évéques ne se trouva chez lui, et quelque mécontentement qu'il en témoignât, ils demeurèrent fermes dans leur première résolution, qui était de ne s'assembler qu'aux Augustins. Cette nouveauté leur faisait prévoir les conséquences, et ils ne voulaient point dépendre de celui de leurs confrères qui pourrait leur présider, ou qui prétendrait avoir ce droit, tel que pourrait être l'archevêque de Paris, sous prétexte que les assemblées se tiendraient dans la ville de son siège métropolitain. Et l'exemple du cardinal Mazarin, qui s'était prévalu de sa grande faveur auprès du roi, leur faisait prendre cette précaution.

Cependant les plus passionnés d'entre eux consultaient ensemble des moyens les plus propres pour réduire les évéques à recevoir le résultat de leur délibération ; car ils voyaient bien que si les évéques qui avaient refusé jusqu'alors de faire signer le formulaire de la dernière assemblée générale tenaient ferme dans leur première résolution, toutes leurs délibérations se trouveraient inutiles. Les uns disaient qu'il ne fallait pas tant se mettre en peine des évéques des environs de Paris, comme de M. d'Angers et de M. de Beau vais, dont le roi pourrait aisément faire saisir le temporel, parce qu'ils n'étaient pas fort éloignés de la cour, que des évéques de Languedoc, qui jusqu'alors avaient négligé de faire signer, parce qu'ils n'avaient pas voulu reconnaître la juridiction des assemblées du clergé; et ils prévoyaient que ces prélats le feraient encore bien moins en cette rencontre, ne voyant qu'une délibération particulière d'un petit nombre d'évêques

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