CHAPITRE VII
Ce qui arriva dans le conseil de conscience. Petite brouiUerie entre M. de Paria et le P. Annat. Mépris public pour les lettres du clergé. L*abbé de Drubec rend à M. de Paris la lettre de M. de Comminges. On la tient secrète.
Dans le premier conseil de conscience qui se tint après la délibération du clergé, le roi conQrma la même chose qu'il avait déclarée à M. le cardinal Antoine touchant le résultat de l'assemblée, et promit tout de nouveau de l'appuyer par une déclaration. Ce fut dans ce conseil qu'il témoigna par une froideur affectée le déplaisir qu'il avait de le voir* depuis qu'il s'était rendu le protecteur de l'Inquisition et des moines dans la Faculté de théologie. Tant que le conseil dura, il ne le regarda point, et ne lui dit un seul mot, quoique ce prélat n'oubliât rien en parlant pour lâcher de radoucir Sa Majesté.
Ce fut aussi en ce même conseil que le P. Annat proposa que Tévêché de llodez étant chargé de plus de pensions qu'il n'en pouvait porter, et n'étant en tout que de vingtdeux mille livres de revenu, il ne pouvait pas suffire pour faire subsister M. Abelly qui en était pourvu, de sorte qu'il jugeaitqu'il étaitde lajustice et de la piété du roi toutensemble de diminuer une partie des pensions qui étaient établies sur ce revenu. M. de llodez", offensé de celte proposition, prit
1. C'est de l'archevêque d'Auch qu'il est ici question (V. ci-dessus, p. 514, 515).
2. Péréfixe est appelé ici tantôt M. de Rodez et tantôt M. de Paris.
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ensuite la parole, et s'adressant au P. Anuat, lui dit que si cela était vrai, il fallait quMl fût uq imposteur, puisqu'il Tavait remis au roi comme valant 40.000 livres de revenu, selon qu'il lui en avait fait voir les baux, et qu'il en était lui-même tombé d'accord avec lui. Le P. Ânnat répliqua qu'il n'avait pas eu intention de le blesser dans cet avis qu'il venait d'exposer au roi, et qu'il se pouvait faire que Tévèché ne valût que 22.000 livres dans le temps qu'il parlait. M. de Paris repartit qu'il était aisé de voir quel esprit l'avait porté à faire cette proposition; qu'il avait pu lui parler de celte affaire dès la veille, qu'ils s'étaient assemblés pour conférer de quelques autres que l'on devait proposer au roi, et qu'il était surprenant qu'il ne lui eût dit un seul mot de celle-là, quoiqu'elle le regardât personnellement. Le roi les écouta tous deux sans rien répondre sur cet avis.
Ainsi la jalousie que le P. Annat avait conçue contre M. de Péréfixe commença à éclater. C'était un effet du déplaisir que ce Père avait de voir que ce prélat ne fût pas favorable à l'infaillibilité du pape et au tribunal de l'Inquisition, et que son penchant fût plutôt pour les Pères de l'Oratoire que pour leur société. M. Abelly leur étant soumis aveuglément en toutes choses, il voulut lui rendre cet ofBce auprès du roi, au préjudice même d'un archevêque de Paris. Mais son ressentiment contre lui parut encore davantage quelques jours après, ce Père ayant mieux aimé préférer un laïque qui n'avait jamais fait aucune fonction dans l'Église au neveu de ce prélat^ qu'il avait destiné à l'Église, pour lui faire conférer un canonicat et un archidiaconé de l'égh'se de Paris qui dépendait de la nomination du roi à cause du droit de régale.
M. de Verthamont, qui possédait ce bénéGce^ étant mort sans en avoir pu disposer, sa famille se vit privée tout d'un coup d'un bien dont elle tirait de très grands avantages temporels depuis plusieurs années, tant pour l'honneur et pour le revenu que pour la commodité de la maison canoniale qui lui avait servi de retraite jusqu'à cette mort. Comme elle n'avait pas de sujet propre à présenter au roi qui pût tenir ce bénéfice, et qu'elle n'avait pas de meilleur accès auprès de S. M. que par le moyen du P. Annat, elle s'adressa à ce Père, et lui présenta le frère du défunt, qui