LIVRE XXXI V
avait autrefois exercé la charge de trésorier de France, et qui n'avait nulle autre vocation ni nulle autre inclination d'entrer dans une charge de l'Église semblable à celle d'archidiacre de Paris, sinon le dessein d'empêcher la perte de ce bénéflce si utile à sa famille, qui se voyait sans espérance de le recouvrer jamais. Et comme ce Père s'était servi de M. de Verthamont, frère du défunt, dans l'afifaire contre M. l'évêque de Beauvais et les chanoines attachés à la défense de sa cause au temps de l'arrêt du Conseil que le chapitre de Beauvais avait obtenu contre eux; que le défunt archidiacre s'élait signalé au Parlement dans l'arrêt prononcé au sujet de M. Arnauld ; et que le P. de Verthamont*, jésuite, avait rendu de grands services à sa compagnie, le P. Annatne Bt nulle dilûculté de demander cette grâce au roi en faveur d'une famille qui le regardait comme héréditaire, et de la préférer à un prélat dont il voyait peu d'apparence de disposer absolument^ parce qu'il portait ses affections ailleurs que dans la compagnie. Le roi dit à M. de Paris qu'il avait accordé ce bénéfice à MM. de Verthamont parce qu'ils étaient gens de bien, et qui lui avaient rendu de très bons services, et lui en rendraient encore dans la suite du temps, et que le P. Annat l'avait demandé pour eux.
On ne manqua pas de se servir encore en ce temps-là du ministère de la Gazette pour apprendre à tout le monde le résultat de la délibération de l'assemblée du clergé. Voici ce qu'elle marquait au 13 octobre :
« Le clergé s'élant assemblé par ordre du roi au grand couvent des Augustins sur un bref que le pape avait adressé à tous les prélats qui le composent, ses députés allèrent dimanche dernier informer le roi de ce qui avait été résolu. Le cardinal Antoine, qui présidait à l'assemblée, porta la parole avec beaucoup de satisfaction de Sa Majesté, laquelle témoigna par sa réponse combien elle prend à cœur les intérêts de l'Église, pour en soutenir dignement le litre de Fils aîné. Le 40, il se rassembla au même lieu pour apprendre les intentions du roi, qui ont été exécutées par l'envoi d'une lettre aux prélats qui ne se sont pas trouvés
l. il y adeur jésuites de ce nom : Joseph Verthamoat (1637-1724) t l'icrre de Vcrlhdmout (1614 1686).
en ces assemblées, pour les inviter à tenir la main à Texécution de ce bref dans leurs diocèses. »
Le gazetier ne fit pas de mention de la lettre au pape, peut-être à cause de la conjoncture du temps. Mais on ne laissa pas de Timprimer, et quand elle parut dans le monde, elle fut fort méprisée. Aussi était-elle de la façon de M. de Maupas, évêque du Puy, nommé à révéché d*Évreux, qui se distinguait dans ses ouvrages et dans ses harangues par un caractère d'esprit assez extraordinaire. Ayant fait quelque temps auparavant la harangue funèbre de M. Vincent de Paul, supérieur de la Mission, après avoir déjà parlé fort longtemps, il s'était servi de cette belle figure : « 11 me resterait beaucoup de choses très considérables à vous dire, mais le temps me presse. Ainsi ceux qui en désireront savoir davantage n'ont qu'à venir dans
la rue de , à l'enseigne de , je leur ferai tout voir. »
Ce fut aussi en ce temps-là que M. l'abbé de Drubec, neveu de M. de Comminges ', rendit à M. de Paris la lettre que ce prélat lui écrivait et qui a été transcrite ci-dessus. M. de Paris fit d'abord beaucoup de difficulté de la recevoir, parce que cet abbé lui dit qu'il avait charge de M. son oncle de le supplier de la lire au roi afin de l'informer de ce qu'elle contenait; et il s'en défendit sur ce que S. M. était pleinement informée de toutes choses et n'ignorait rien du fond de cette affaire qu'elle pût apprendre par la lecture de cette lettre. Néanmoins, comme cet abbé lui eut dit qu'il en était le maître et qu'il en userait selon sa sagesse, il la reçut, et lui témoigna toute sorte de bonne volonté pour M. de Comminges, l'assurant que le roi était très satisfait de sa conduite dans cette affaire ; mais il lui déclara en même temps qu'il ne montrerait cette lettre à personne, et la garderait comme ne s'adressant qu'à lui en particulier. La chose, quoique secrète entre ces deux prélats et cet abbé, ne demeura pas tellement cachée que la nouvelle ne s'en communiquât dans le monde. Ceux en faveur de qui on disait qu'elle avait été écrite en eurent beaucoup de joie [de se voir ainsi justifiés] par celui-là même qui avait été l'arbitre de la négociation. Ils firent d'inutiles efforts par
1. Magdeleine de Choiseul aTait épousé Jean Malet de Graville, comte de Drabec.