LIVRE XX XIV
l'entremise de leurs amis pour porter M. de Paris à la lire au roi et à en donner des copies. Il s'en excusa sur ce que c'était une lettre secrète, que M. de Comminges lui avait écrite pour lui dire adieu en se retirant dans son diocèse, sans dessein qu'elle fût vue de personne.
M. de Drubec en refusa aussi des copies, quelque instance qu'on lui en pût faire, et dit qu'il avait ordre de M. son oncle de ne la communiquer à personne. Ainsi on fut très longtemps sans en rien apprendre que par lambeaux, et M. Arnauld plus qu'aucun autre fut privé d'une pièce qui était pour lui une excellente apologie; car les amis de M. de Comminges rejetaient toujours sur lui la rupture de la paix, à cause de sa petite lettre importée dont il ne voulait point faire de rétractation.
M. d*Andilly, son frère, ne lui était point plus favorable que les autres, et ce fut ce qui porta M. Hermant à répondre ainsi, le 13 octobre, aune de ses lettres, par laquelle il lui demandait avec empressement des nouvelles de la santé de M. de Beau vais :
« Je ne puis vous mander que les nouvelles que je sais de notre malade. Il a toujours la fièvre tierce, mais légèrement; c'est ce qui nous empêche de l'avertir de l'état présent de nos affaires communes, parce qu'il faut le guérir avant que de lui présenter cette coupe d'amertume. J'espère que Dieu le soutiendra, quoique la diversité des sentiments dont il a été informé soit peu propre à affermir les personnes de cette condition.
« Enfin, Monsieur, vous voyez les effets de cette bonne foi tant vantée, et ce que l'on pouvait attendre des plus grands fourbes de la terre. Ce n'a jamais été que piège depuis le commencement jusqu'à la fin, et on a fort mal reçu ceux qui ont voulu demeurer fermes dans une juste défiance. Il ne peut y avoir eu dans tout cela aucun mystère que l'iniquité de nos parties, qui se jouent de Dieu et des hommes ; ni d'autre précaution contre leurs intrigues et leurs artifices que la sincérité, la fermeté et la patience. Il n'est plus question de disputer entre nous, mais de défendre la vérité, que M. Arnauld a si heureusement découverte et si fortement soutenue que tout ce qu'il a fait dans cette affaire augmente l'estime et la vénération que j'ai toujours eues pour un homme si éclairé et si intrépide. Je m'étais pro-
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posé de ne vous écrire jamais de tout ce qui s'était passé, mais y étant engagé par vos lettres, je ne pourrais me taire sans faire paraître que la vérité me serait inJiiïérenle. Rentrons donc, monsieur, dans une carrière dont Dieu même sera la récompense et la couronne, comme il en est le spectateur. Vivons et mourons dans notre simplicité, et cédons de bon cœur la gloire de la' politique à ceux qui ne nous ont proposé la paix que pour nous faire une guerre plus sanglante. »
Ce même jour, samedi 13 octobre, M. Girard, étant venu H Port-Royal de Paris, dit à la sœur Angélique de Saint- Jean que M. de La Lane et lui s'étaient attendus d'être cités par les évéques en leur seconde assemblée sur la lettre au pape touchant le bref, et que les évéques en avaient en effet eu le dessein ; mais qu'ayant bien raisonné la-dessus> et projeté d'abord, vu leur manque de pouvoir de l'autorité du roi, ils conclurent enfin de n'en rien faire, parce que s'ils eussent présenté à ces théologiens le formulaire à signer, comme ils eussent dû le faire, les docteurs refusant de se soumettre à cet ordre, il eût fallu les envoyer à la Bastille, ce qui eût été violent et odieux, ou s'exposer par là au mépris, et à donner occasion à plusieurs ecclésiastiques d'imiter en cela ces docteurs.
H lui dit aussi que s'ils eussent été cités, ils eussent commencé par dire à ces évéques qu'ils ne le faisaient' que pour obéir aux ordres du roi, ne reconnaissant en celte assemblée nulle juridiction sur eux.