‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 2)Chapitre 359 sur 455 · LIVRE XXXIV · texte numérisé non relu

LIVRE XXXIV

« On est moins étonné que jamais, et après ce qu'on a fait, on est très résolu à se défendre et à ne se point troubler. Les évêques proposèrent au roi d'ordonner que M. Girard et moi serions mandés devant les évêques. Nous y étions très résolus. Mais depuis ils changèrent d'avis, ayant bien su notre résolution. »

Le lendemain 20 d'octobre, M. Fabbé de Pontchâteau, à qui cet abbé avait écrit l'été précédent sur Tétat des affaires de l'Eglise dans leurs conférences, lui continua sa réponse, et en prit occasion de lui donner quelques avis en ces termes :

« J'avais remis de temps en temps la continuation de la réponse que j*avais commencée à la lettre que vous m'écrivîtes cet été, dans l'espérance que j'avais de vous l'achever en personne quand je viendrais à Paris, comme j'ai fait. Mais j'y ai fait si peu de séjour qu'à peine a-t-il suffi pour les affaires particulières que j'y avais, et j'y appris que vous en aviez vous-même en ce temps-là de si grandes et de si importantes que je ne pus ni prendre le temps de vous aller voir, ni me résoudre à vous inviter de venir au lieu où j'étais.

« Je n'ai point ici votre lettre, et je n'entreprends point d'en continuer aujourd'hui la réponse; mais je vous écris, avant que de m'éloigner de Paris plus que je ne suis, pour vous témoigner seulement le regret que j'ai de n'avoir pas pu vous y voir quand j'y ai passé. J'en suis parti avec la consolation que m'a pu donner le nouveau mémoire que vous avez fait pour montrer que vous n'étiez pas obligés de signer sans explication la condamnation des cinq propositions au sens de Jansénius, nonobstant le nouveau bref du pape, par lequel vous justifiez cela invinciblement, mais avec une telle modération, après le traitement indigne que vous en avez reçu, qu'on peut dire qu'il y a de l'excès à votre douceur et à votre soumission. Après toutes les avances que vous aviez faites avec tant de respect et de confiance, vous avoir traités comme des gens qui étaient revenus de leurs anciennes erreurs, c'est une calomnie et une dureté aussi barbare et aussi insupportable qu'il s'en puisse imaginer. Je loue Dieu de ce qu'il vous a donné la force de la souffrir avec patience, mais je ne sais si je vous dois louer d'en avoir témoigné si peu de ressentiment.

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Vous avez reconnu encore une fois par une fâcheuse expérience que nous avions affaire à des fourbes qui ne recherchaient jamais d'accommodement que pour nous ôter les avantages que nous pouvions avoir sur eux, ou pour nous 'faire tomber par leurs négociations dans de nouveaux pièges et dans de nouveaux accablements.

« Je n'osai vous faire paraître à Toccasion de votre lettre la crainte que j*avais qu'il n'arrivât quelque chose de semblable à ce qui est arrivé, soit pour une autre crainte que j'avais qu'il ne semblât que, m'étant mis dans un état où je ne voyais guère d'accommodement possible que je dusse estimer assuré pour moi, je fisse de mauvais augures pour relui des autres, et que j'y misse des obstacles en refroidissant ceux qui y travaillaient, soit que je vous en eusse assez dit de bouche durant cet hiver; mais je pourrais bien vous donner un témoin de cette crainte que j'avais, à qui écrivant alors sur ce sujet, je la découvris en lui mandant pour ma raison que je voyais que dans cette négociation, les Jésuites avaient affaire à des gens qui étaient plus habiles qu'eux en théologie, mais que vous aviez affaire à des gens qui l'étaient plus que vous en matière de fourberie. Mais quoiqu'ils vous aient trompés, votre condition est encore bien meilleure que la leur. Ils ne vous ont trompés que devant les hommes, mais ils se sont trompés devant Dieu eux-mêmes.

« Mais après tant de fâcheuses expériences de leur conduite et de celle des Romains, qui n'ont toutes deux qu'un même esprit d'erreur et de vanité, d'opiniâtreté et d'aveuglement, tâchons, au nom de Dieu, de ne nous y plus laisser attraper.

« Je vous ai dit plusieurs fois de bouche cet hiver, et je vous le vais écrire, que je ne voudrais pas me rapporter à telles sortes de gens de quoi que ce fût, non pas même de savoir s'il y a un Dieu; parce que si leur intérêt les obligeait à dire et à me faire dire qu'il n'y en a point, je ne me tiendrais pas assuré qu'ils ne s'emportassent à cet excès. Et si je suis en cette disposition à l'égard de ce point-là, jugez de ce que je ferais et de ce que je crois que mes amis doivent faire sur d'autres, sur lesquels on ne peut attendre au delà des monts que des réponses captieuses, ambiguës, obscures, et toujours propres à nous entamer et

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