LIVRE XXXIV
à nous enfoncer davantage. Assurez-vous, et j'en mettrais ma vie en gage, que vous n'en obtiendrez jamais quoi que ce soit qui puisse vous tirer d'affaire ni vous être même aucunement favorable, ce que j'entends s'il arrivait un pape tel que les besoins de l'Église semblent le demander de la miséricorde toute-puissante de Dieu; mais jusque-là ne doutez point qu'on n'y aille toujours d'abîme en abîme, et tenez-vous certain qu'il n'y en a point de si grand dans lequel, comme ils marchent, ils ne puissent se précipiter.
u J'ai une autre pensée dans laquelle je ne vois pas si clair que dans celle-là, mais que je [ne] crois pas tout à fait à négliger; au moins crois-je vous en devoir faire la proposition, sauf à vous de l'examiner et d'y avoir recours selon le besoin et le lieu qu'il y en aura : c'est touchant un moyen de vous défendre contre les instances et violences qu'on pourrait vous faire ci-après pour signer ce fait sans explication. Quatre docteurs s'étant présentés, en 1626 ou 1627, au Parquet, et ayant dit à messieurs les gens du roi qu'ils avaient quelque chose de conséquence à dire à la cour, MM. les gens du>oi l'allèrentdire à la Grand'Chambre, où ils furent introduits et où ils obtinrent sur le champ ce qu'ils demandaient. La môme chose se peut-elle pas faire encore aujourd'hui? Et quelqu'un qui porterait fermement la parole contre ces instances et violences, qui ferait telle déclaration et demanderait tels actes qu'on aurait auparavant jugés à propos, etc. ne pourrait-t-il pas obliger la cour qui n'aurait point été sollicitée et prévenue contre, mais prise de gallicOy ne pourrait-il pas, dis-je, obtenir un décret qui serait capable de les mettre à couvert de l'oppression de ces misérables évêques de cour, et plus misérables esclaves de la cour romaine? A quoi sert l'arrêt si célèbre du 30 mai dernier contre la chimère de l'infaillibilité, etc., s'ils laissent pratiquer à la face du Parlement même, par une douzaine de ces esclaves ramassés, la même doctrine qu'ils défendent si expressément de soutenir et disputer, de lire et enseigner directement ni indirectement? Est-ce que la théorie de cette doctrine est plus dangereuse que la pratique, et qu'il n'y a pas des suites encore plus dangereuses de la pratique que de la théorie, puisqu'au contraire la théorie n'est principalement à craindre qu'à cause de la pratique qui peut s'en ensuivre? J'ai des arrêts
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qui ont été rendus en pareils cas contre des évoques de celte qualité qui cabalaient à Paris contre le service du roi et contre Tancienne doctrine de la Faculté et de la France, par lesquels il leur a été fait défense de s'assembler, et injonction faite de se retirer dans quinzaine dans leurs diocèses sur peine de saisie de leur temporel. Je ne crois pas qu'il y eût plus de lieu d'en user ain»i en ce temps là qu'il y en a à présent, etc. Vous y penserez donc, s'il vous plait, mais vous ne direz à personne que ces avis viennent de moi ; au contraire [vous] prendrez grand soin de brûler celte lettre sitôt que vous l'aurez lue et que vous y aurez fait les réflexions pour lesquelles je vous l'envoie. Vous voyez bien les raisons qu'il y a qu'on ne parie point de moi, principalement à l'occasion d'afl'aires de cette nature. Mais j'aurais bien de la peine à m'empêcher de tenter le remède que je vous propose, si j'en étais réduit à l'extrémité comme vous courez risque de VHre, et si j'avais deux ou trois personnes qui me voulussent tenir compagnie dans une occasion de celte importance, dans laquelle, quoi qu'on puisse dire, il me semble que la cour aurait bien de la peine à s'empêcher de vous faire justice^ si elle était prise comme je dis de gallicoj et si ce dessein n'était point divulgué avant que d'être exécuté. Prenez- y donc garde s il vous platt encore une fois, et n*en parlez qu'à des gens fort secrets et bien capables de ces matières; extremis malts extrema remédia. Je me recommande à vos prières, et je prie Dieu qu'il vous donne en abondance toutes les lumières et toutes les forces qui vous sont nécessaires dans ce temps de trouble et d'agitation. »
CHAPITKE IX
Oq persiste daos la réswIutioD de pousser à bout les disciples de saint Augustin, ce qui donne lieu à plusieurs différentes conjectures. Secrètes négociations de M. de Comminges. Les Jésuites poursuivent une déclaratiou au Parlement.
Depuis que M. le cardinal Antoine eut fait sa harangue, on ne parlait que de la perle de ceux que Ton traitait de jansénistes comme d'une chose toute résolue à la cour, et on disait partout que c'était fait d'eux après ce dernier