‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 2)Chapitre 363 sur 455 · LIVRE XXXIV · texte numérisé non relu

LIVRE XXXIV

rement, ferait tous ses efforts pour l'empêcher, et que x\f. le Premier président pourrait bien n'être pas fâché de cette opposition que ce président y apporterait, étant dans le même degré avec le prélat par affinité, et d'ailleurs son parent de son chef même. 5o Que cette déclaration ruinait tout ce que le Parlement et la Sorbonne avaient fait depuis un an pour le rétablissement de l'ancienne doctrine de l'Église de France touchant l'infaillibilité et l'autorité souveraine du pape sur toutes les églises; que la cour de Rome et ses partisans ne manqueraient pas d'en faire cet usage, en disant que les deux arrêts du Parlement et les déclarations de Sorbonne n'étaient les effets que de la passion passagère de Sa Majesté, puisque dans le même temps le roi avait fait vérifier une déclaration qui établissait l'infaillibilité du pape d'une manière authentique.

Toutes ces difficultés néanmoins n'étaient point capables d'arrêter les Jésuites; et plus ils envisageaient l'importance de cette vérification dans le Parlement, plus ils avaient d'ardeur pour la poursuivre et pourTobtenir. lis conclurent donc pour le Parlement, et dressèrent toutes leurs batteries pour obtenir que la déclaration y fût portée. Pour cet effet, ils firent représenter au roi et aux ministres que cela était nécessaire pour empêcher qu'on ne dit que la crainte que le roi aurait eue avec toute sa souveraine autorité que cette affaire ne réussit pas dans le Parlement l'aurait fait porter au Grand Conseil, et qu'il y allait de sa réputation de vaincre les difficultés qui se pourraient rencontrer à la faire vérifier dans le Parlement. La fermeté du roi leur étant connue, ils croyaient qu'il n'y avait qu'à lui inspirer fortement ce dessein, parce [quel quand il l'aurait entrepris, il trouverait bien le moyen de l'exécuter et de faire souscrire purement et simplement le formulaire par tout le monde, qui était pour eux un avantage qu'ils ne pouvaient assez estimer, ils croyaient, ou que Sa Majesté dissiperait aisément toutes les dilficultés du Parquet, ou que quand même elles seraient capables de traverser leurs desseins, cela leur servirait à Rome, et serait dans la postérité un glorieux monument de leur zèle pour l'infaillibilité du pape. Ils se promettaient qu'à la réserve d'un ou de deux conseillers, tout le reste de la Grand' Chambre serait pour eux; que ni M. le président de Novion, ni M. le Premier

président ne résisteraient point au roi pour soutenir les intérêts de M. de B*eauvais leur proche parent, quelque juste que fût sa cause; que l'assemblée des chambres dépendant de M. le Premier président, ils auraient assez de crédit auprès de lui pourTempêcher, qu'ils trouveraient les moyens d'éluder le mot odieux d'Inquisition en faisant dire par Sa Majesté qu'elle avait assez d'autorité pour en empêcher l'établissement dans ses États; qu'enfin ayant le roi pour eux, il ne restait plus qu'à chercher l'occasion de faire porter cette déclaration au Parlement.

Celle qu'ils avaient eu le crédit de faire dresser par M. Séguier, grand chancelier de France, au commencement de cette année, leur pouvait suffire, étant conçue en des termes auxquels il semblait qu'on ne pouvait rien ajouter. Néanmoins, comme ils se virent fortifiés tant par ce nouveau bref que par l'assemblée des quatorze évoques, ils entreprirent de la faire changer, et ils y réussirent; si bien que M. le chancelier en fit une autre toute nouvelle, dans laquelle il n'oublia rien de tout ce que la passion du P. Annat pouvait désirer pour se satisfaire et pour donner, comme il disait, le dernier coup aux jansénistes. Le bruit se répandit en ce temps-là que cette déclaration était un foudre pour réduire en poudre le jansénisme, et qu'elle enchérissait au-dessus [de] celles qui avaient été publiées jusqu'alors contre les ennemis les plus jurés de l'Église. Cependant, au milieu de leur joie et de leur triomphe. Dieu, qui est toujours le maître de ceux mêmes qui ont assez d'orgueil [pour] * fouler aux pieds la loi de la charité dans les maux qu'ils font à leurs frères, permit que le môme jour que M. le chancelier travailla tout de nouveau à cette déclaration, [il] tomba malade d'une manière qui fit peur à tous ceux qui avaient de l'intérêt à sa santé et de TafTection pour sa personne, les médecins en ayant conçu d'abord une très mauvaise opinion; car quoique ce soit une chose assez [peuj extraordinaire que des hommes mortels et fort âgés tombent quelquefois malades, néanmoins il y a de certaines circonstances marquées par le doigt de Dieu qu'il est impossible d'omettre dans les histoires, qui doivent être comme des journaux de sa Providence.

1; Ma. : de.

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