LIVRE XXXIV
avis sur ce qu'ils auraient à faire en cette rencontre, lui déclarant formellement qu'ils ne se serviraient jamais du formulaire, vu même que le pape dans son bref remettait à la prudence de chaque prélat d'employer les moyens qu'il jugerait les plus propres pour faire revenir ceux de leurs diocèses qui pourraient être encore dans l'erreur. Cette lettre ayant été rendue à M. de Paris par le même abbé de Drubec qui lui avait déjà rendu la première de son oncle, ce prélat examina la chose en elle-même, et jugea de quelle importance il était que ces prélats ne demeurassent pas plus longtemps désunis des autres évêques. Il considéra d'ailleurs que les vouloir obliger de se servir du formulaire des évoques, c'était les mettre en état de rien faire, [après tout ce que M. de Comminges lui en avait dit de vive voix, et après les lettres que M. d'Alet avaitî^écrites au roi, à l'assemblée du clergé et a M. le curé de Saint-Nicolas. En6n, étant persuadé en lui-même que ce serait une injustice manifeste de vouloir exiger d'eux îcette|déférence, il donna charge à M. l'abbé ds Drubec de mander à M. son oncle qu'il était d'avis, puisqu'ils ne pouvaient entrer dans Tuniformité du .formulaire, qu'il fit avec M. jd'Alet tout ce qu'ils jugeraient le plus à propos dans cette affaire, et qu'il leur promettait que, pourvu qu'ils ordonnassent la signature par un mandement particulier, il ferait agréer le tout au roi, et ferait en sorte de faire réussir la chose sans opposition.
Quoique cette promesse fût un effet de l'estime que M. de Paris avait de M. d'Alet et de M. de Comminges, elle ne laissait pas néanmoins d'avoir du rapport au dessein des Jésuites, qui tendaient à établir l'infaillibilité du pape par la signature des constitutions. Car autrement M. de Paris, quelque crédit qu'il eût auprès de S. M., n'aurait pu s'engager à faire réussir une chose aussi délicate qu'était celle-là, le P. Annat pouvant d'une seule parole ruiner tout ce qu'il aurait établi dans l'esprit du roi par toutes les raisons qu'il aurait pu alléguer à Sa Majesté. Le P. Ferrier en avait déjà témoigné quelque chose à quelques-uns des amis de l'abbé de Drubec, et il s'en était même assez expliqué avec lui en lui parlant du formulaire qu'il avait dressé pendant la négociation, lui faisant concevoir que si on entrait dans le tempérament du subjicimus, il ne voyait pas de
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difficulté que toute raflfaire ne s'accommodât encore, nonobstant toutes les aigreurs qui avaient paru dans les écrits et dans les discours des jansénistes depuis la venue du bref et la dernière assemblée des évêques Ainsi toutes choses conspirant au dessein que les Jésuites s'étaient proposé, ils tournèrent toutes leurs brigues à faire expédier la déclaration du roi sur cette affaire, et à en poursuivre la vérification. On avait parlé de se servir pour cet elTet du Grand Conseil, mais ce tribunal ne leur parut point assez éclatant pour une aflaire de cette conséquence, qui devait couronner tous leurs travaux, et finir toutes les entreprises qu'ils avaient faites depuis quatorze ou quinze ans. Joint que ces sortes de déclarations regardent les Parlements directement, et non pas une juridiction de si petite étendue qu'est le Grand Conseil. Et quoiqu'une des clauses de la déclaration que l'on projetait parleurs intrigues portât la privation des bénéfices de ceux qui refuseraient de signer, qui était une matière du ressort de cette juridiction, néanmoins ils voulaient que cette juridiction suivit le train ordinaire de toutes les autres qui avaient été faites jusqu'alors contre les hérétiques, qui avaient toutes été vérifiées dans les Parlements. Ce n'est pas qu'on ne leur ftt envisager sur cela beaucoup de difficultés : 1* Qu'il fallait que celte déclaration passât par le Parquet, où il y avait un procureur général et deux avocats généraux qui ne manqueraient pas d'en remarquer toutes les mauvaises conséquences, et de représenter au roi que n'y ayant point de sectateurs de cette hérésie, c'était faire une chose de trop grand éclat pour une chimère et pour donner satisfaction à des particuliers qui voulaient absolument qu'il y eût une hérésie de cette nature. 2* Que dans la chambre, il se pourrait trouver des juges qui, examinant la chose de près, feraient insérer dans l'arrêt de vérification des modifications qui ruineraient l'exécution de la déclaration du roi. 3* Que toutes les chambres, voyant que ce serait ouvrir en France la porte à une Inquisition pareille à celle de Rome, pourraient députer vers ia Grand'Chambre pour demander la communication de cette déclaration, et la prier de ne passer pas pi us outre sans leur en faire part. 4' Que M. le Président de Novion, étant intéressé dans c^lte déclaration à cause de M. l'évêque de Beauvais, son cousin germain, qu'elle regardait particuliè-