‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 2)Chapitre 377 sur 455 · LIVRE xxxiv · texte numérisé non relu

LIVRE xxxiv

reine ma maîtresse une chose qui mérite de vous être écrite plus que tout ceci. Il y a une relique de la Sainte Épine, ou pour mieux dire un grand morceau de la couronne d'épines duquel a été prise et coupée l'épine qui est à Port-Royal. L'on voit encore le lieu d'où elle a été coupée, et par les autres qui restent toutes semblables ^ celle du Port-Royal. Les témoignages du présent qui en fut fait à Catherine de Médicis sont fort authentiques. Cette relique a été gardée par l'ordre de Saint-Benoit dans une abbaye qui jusqu'au changement de la religion, et depuis même, est toujours demeurée entre les mains des Pères Bénédictins anglais, lesquels sachant l'extrémité où la reine était, m'apportèrent cette relique, laquelle aussitôt je mis dans la chambre de la reine. Je dis au roi, à qui je la fis voir, la certitude que Ton avait de cette relique; je lui montrai la place d'où celle de Port-Royal avait été coupée. Cela le fit souvenir du miracle arrivé à Paris au temps qu'il y était. Je le priai de vouloir dire à la reine ce qu*il en serait ; ce qu'il fit sur le champ, et assura la reine que ce miracle était véritable. Le duc d'York ' ajouta qu'il en avait été persuadé lui-même par M. de Turenne. Je m'approchai de la reine avec cette relique, à laquelle ayant fait voir la relique à nu, elle voulut que je la lui misse sur le front, ce que je fis; et en cette posture elle pria Dieu quelque temps, le roi étant assis sur le lit de la reine, laquelle avait reçu le viatique le matin. Je remis ensuite la relique dans sa place, et proposai à la reine de faire une neuvaine de messes que je dirais en sa présence, ayant pour cela préparé un autel dans sa chambre à la vue de la reine. La reine reçut avec sa piété ordinaire cette proposition, et me commanda de commencer dès le lendemain au matin. Quelque temps après il lui vint dans l'esprit de boire do l'eau où la Sainte Épine aurait été trempée, ce que je fis. Et il fut remarqué qu'elle se trouvait mieux après avoir bu cette eau.

« La maladie n?a pas laissé d'être fort grande. Mais il est certain que le dernier jour de la neuvaine elle se trouva entièrement hors de danger. Nous en avons rendu grâces à

l Jacques Stuart (1633-1701), proclamé roi d'Angleterre après la mort de sou frère Charles II, et délrôaé en 1688 par son gendre, Guillaume d'Orange.

Dieu publiquement ; et j'ai cru que vous seriez bien aise de savoir uue cliose que j*estiine si remarquable.

a Je n'ose vous parler de quoi que ce soit, ne le voulant pas faire à demi, et ne le pouvant pas suffisamment par une lettre. Mais vous me feriez la plus grande injustice du monde si vous doutiez que je n'eusse pour vous la même estime et tendresse qu'auparavant, et qu'on ne peut pas être avec plus de sincérité,

c Votre très affectionné serviteur, « L. Stuart d'Aubigny.

c Écrivez-moi un peu plus souvent que vous ne faites, et oubliez les grands compliments, qui ne conviennent pas à un bon ami comme je le suis, et que vous connaissez pour tel. »

Cette histoire miraculeuse est si remarquable en ellemême et dans toutes ses circonstances que Ton a cru qu'elle serait un ornement de ce Recueil historique des affaires de rËglise. On y peut voir avec étonnement que le roi d'Angleterre et les protestants rendaient plus de justice à la Sainte Épine de Port-Royal que les Jésuites de France ; et que M. de Turenne. qui était encore dans la communion de Calvin, croyait véritables les miracles que J. C. opérait par cet instrument de sa passion, en môme temps que le P. Annat écrivait pour en détourner la créance des fidèles.

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