LIVRE xxxiv
attentat, car pour V étrange folie cela est de vous, et n'est point dans l'endroit que vous avez cité, contester un fait décidé par un pape?
« Vous n'avez pas été plus heureux dans ce que vous avez rapporté de la préface de l'Apologie des Saints Pères, qu'on y reconnaissait que les cinq propositions étaient de M. d'Ypres; quoiqu'il n'en soit pas dit un seul mot, et qu'on y déclare au contraire qu'elles furent proposées par M. Cornet sans dire ni le livre ni l'auteur où elles se rencontraient, mais que les desseins des molinistes étaient d'en faire retomber la condamnation sur la doctrine de saint Augustin. Car si l'on y avoue qu'on est dans les sentiments de M. d'Ypres, c'est parce qu'il a admirablement bien expliqué ceux de saint Augustin, et qu'on se déclare très librement les disciples de ce grand saint, et non pas, selon votre façon de parler, les disciples de sa doctrine, ce qui ne se dit pas.
« Pour ce que vous avez dit de la déclaration présentée à Sa Majesté, au mois de septembre dernier, ensuite de la procuration envoyée à Rome, toutes les personnes raisonnables qui liront les Réflexions dont vous avez parlé, et le Mémoire, dans lesquels ces théologiens ont justifié les termes dont ils se sont servis dans leurs actes, toutes ces personnes, dis-je, reconnaîtront l'ineptie de vos accusations et la faiblesse de vos raisonnements. N'avez-vous point de honte de parler avec mépris de feu M. de Saint-Cyran, en le nommant Saint-Cyran, en même temps que vous le reconnaissez pour Aurélius, c'est-à-dire pour l'ordre sacré des évêques contre les entreprises des Jésuites? En vérité, monsieur Morel, croyez-moi, taisez-vous dorénavant, soyez enrhumé aux jours qu'il faudra prêcher, cela vous sera avantageux. On sait assez ce que vous pouvez faire. On connaît bien votre portée, et tout le monde dira que vous faites fort sagement de ne plus entreprendre ce qui est au-dessus de vous. J'ai cru vous en devoir avertir de bonne heure, afin que vous ne vous exposassiez pas le 4« dimanche de l'A vent à la risée de tout le monde comme vous avez fait par votre discours d'aujourd'hui, qui était sajis ordre, sans division, sans méthode, et duquel vous êtes très mal sorti, l'ayant fini comme vous l'aviez commencé et poursuivi, sans savoir où vous en étiez. Vos amis
596 MÉMOIRES DE GODEPftOl DERMANT
VOUS écouteatavec peine ; les geas du monde s'en moquent, et ceux contre qui vous parlez gémissent devant Dieu de vos excès et lui en demandent pardon. Pour moi, qui ne suis pas capable d'attirer sur vous sa bénédiction par mes prières, je ne laisse pas de les lui adresser, et de vous dire ces paroles qui vous sont très propres après un discours si rempli de faussetés : Utquid diligitu vanitatem et guœritis mendadumt
« A Paris, le 1" jour de TA vent 1663. »