LIVRE xxxiv
vous n'avez pas osé l'attribuer directement au pape, quoique vous vous soyez assez fait entendre sur cela ; quand il n'y aurait que Texemple du centurion Corneille, lequel vous avez dit avoir été renvoyé à saint Pierre, parce qu'il était chef de l'Eglise. Je sais bien que vous avez ajouté à cet exemple celui de saint Paul, qui fut envoyé à Ananias, mais il a été aisé de voir quelle était votre iotention. Vous avez avancé contre la vérité que ces messieurs avaient eu les premiers recours au pape. Puisque vous vouliez faire un récit de l'affaire, vous ne deviez pas dissimuler qu'ils n'y allèrent qu'à l'occasion de la lettre que quelques prélats du royaume avaient écrite à S. S. pour lui demander la condamnation des cinq propositions. C'est un fait, monsieur Morel, et que vous ne sauriez contredire à moins de renoncer à toute pudeur; je ne dis pas, comme vous avez dit tant de fois, au sens commun, car il y a longtemps que vous êtes brouillés ensemble, et je ne vois pas que vous soyez en état de vous raccommoder avec lui, quoique vous ayez pris son parti ce matin. 11 n'est pas vrai non plus que le principal défenseur de M. Jansénius ait reconnu dans le ch. 7 du i" Liv. de la 2* Apologie de ce prélat que les cinq propositions sont dans son livre, puisque celte Apologie a été imprimée en 1645, quatre ans auparavant que M. Cornet les eût fabriquées. Vous avez ajouté que l'on pouvait tirer de ce même chapitre la condamnation de ceux qui s'opposent aux décisions desévéques. Vous ne l'avez pas lu, monsieur Morel, ou bien vous ne l'avez pas entendu, car ce chapitre porte pour titre : Réfutation des raisons dont M. Habert veut excuser les excès qu'il a commis contre la dignité des évéques en la personne de M. Vévéque d*Ypres; et Tauteur y prouve fort bien qu'encore que les évéques ne soient pas infaillibles, il faut néanmoins avoir toujours du respect pour leur dignité sacrée, et ne pas les déchirer et les outrager. Qui doute de cette vérité? Mais l'auteur n'y traite point la question s'il est permis de résister aux évéques qui avancent des erreurs. L'histoire ecclésiastique nous en fournit trop d'exemples; il en rapporte même quelques-uns dont M. Habert voulait abuser pour justifier ses excès. Vous n'avez pas plus de raison en ce que vous avez avancé ensuite, que ces messieurs avaient dit dans la p. 32 de leurs Considérations : « Que c'est un crime, un attentat, et le dirai-je » — ce qui est une belle faconde par-
1er — « une étrange folie, pour me servir de leurs termes y de douter d'un fait que le pape aurait décidé^ et que c^était tout de même que si on voulait se pourvoir contre la sentence du juge. »
« Quaod on vous entend débiter avec toute la hardiesse dont vous êtes capable que vous vous servez des termes de ceux que vous voulez combattre, on ne se persuade pas que vous ne les rapportiez fidèlement, surtout quand vous citez même la page de Técrit duquel vous dites les avoir tirés. Et cependant il n'en est rien, et je ne puis assez admirer votre hardiesse à débiter des choses fausses parce que vous parlez dans un lieu où l'on ne peut vous coatredire sur le champ, et que vous êtes bien satisfait quand vous croyez avoir fait donner dans le panneau quelque petit écolier de théologie ou quelque autre personne peu instruite ou fort simple, qui ne pourra pas croire que M. le théologal de Notre-Dame voulût mentir dans la chaire de vérité. Vous l'avez néanmoins fait, monsieur Morel, et vous avez honteusement abusé des paroles de l'écrit; les voici toutes de suite afin que tout le monde en puisse juger, il est remarqué dans la 31* considération, p. 3*2, qu'il n'est question que de la doctrine de saint Augustin, et non point quel est le sentiment des autres sur cette doctrine : « Il faut savoir ce que V Eglise en croit et ce qu*elle en a déterminé par le consentement des papes et des conciles : c'est une question de fait et une affaire jugée il y a plusieurs siècles. Il ne s'agit que de savoir quel est ce jugement^ et de le représenter à tous les catholiques pour les obliger à le suivre. Saint Augustin a été accusé, il a été absêus par C Eglise, Tous ceux qui ont osé trouver à redire à ce qu'il a écrit de la grâce ont été solennellement condam^ nés. Vouloir aujourd'hui révoquer en doute ce jugement, en mettant en question si sa doctrine doit être censurée ou non, c'est rendre nul tout ce qui a été décidé sur ce point par les Pères et par les papes, et se rendre aussi coupable et aussi ridicule que des avocats qui voudraient entreprendre déjuger des arrêts de la cour. De sorte que tant s'en faut qu'il faille avoir égard aux opinions que les docteurs particuliers pourraient avoir sur cette matière, que d'entreprendre seulement d'opiner sur cela, c'est un crime et un attentat par lequel etc.. Cela veut-il dire, comme vous l'avez osé avancer, que Ton a dit dans cet écrit, que l'on ne peut sans crime et sans