LIVRE XXXÏV
qui était de faire passer pour une violence passagère de la cour de France, et non pour le sentiment de TEglise gallicane, tout ce qui avait été fait depuis peu par la cour de Home et par la Sorbonne, en montrant toutes les démarches que les Jésuites avaient faites de tout temps pour soutenir touchant le pape les opinions les plus déraisonnables et les plus capables de rendre odieuse une autorité qui doit être aimable à tous les chrétiens, puisqu'elle est le centre de leur unité. Il commençait cette preuve par ce que Lainez, leur second général, avait fait dans le concile de Trente pour ôter aux évêques, par de longs et ennuyeux discours, leur mission divine, et changer les successeurs des Apôtres en des vicaires du pape, établie par un homme et tenant leur pouvoir d'un homme, et pour empêcher qu'on ne défintt la résidence de droit divin, afin de donner au pape le pouvoir d'en dispenser.
Il marquai! après cela leurs excès horribles contre l'indépendance des rois et contre leur autorité sacrée, et jusqu'à quel point ils avaient porté rinfaillibililédu papeen lui soumettant Tautorité des conciles. 11 citait sur ce sujet Tautorilé du Père Théophile Raynaud (mort le dernier jour d'octobre précédent sans confession, comme on apprit d'une lettre de Limoges dalée du 14 octobre, que M. Arnauld n'avait pas encore vue) « E M«o%w, disait ce grand faiseur de livres, Societatis Jesu, vix est cur unus aut aller allegentur^ cum univers? in hoc puncto consentiant. Et il faisait voir que rien ne leur avait tant servi pour l'établissement de ces opinions si préjudiciables à l'Église et à l'État que le prétexte de jansénisme, en publiant que celte hérésie ne pouvait être ruinée que par la doctrine de Tinfaillibilité du pape.
11 prouvait cela par deux exemples, dont l'un était l'un des derniers livres du PèreThéophile Raynaud, intitulé : AYTOI EOA', Os Domini locutum est, faisant un dieu du pape, et trouvant même dans son ouvrage que M. Duval, que l'on sait n'sfvoir été que trop attaché à la cour romaine, avait trahi les intérêts du Saint Siège. Et l'autre était la thèse du collège de Clermont, condamnée par les arrêts du Parlement et par les conclusions de la Sorbonne, quoiqu'ils conservassent ton-
l.Le P. Rab^rdean. jésuite, avait déjà employé ces deux mots grecs eo tête d'tiQ ouvrage publié à la louaQge de Richelieu (v. t. I, p. 153).
602 MÉMOIRES DE GODEFROl HERMAIfT
jours les sentiments dans le cœur, eux qui avaient jugé plus à propos de laisser les catholiques d'Angleterre dans la persécution que d*y souffrir un serment qui ne contenait autre chose que le contraire de leur méchante morale contre les rois.
Le second article de cet écrit des Desseins des Jésuites était conçu en ces termes : Étrange voie que les Jésuites ont prise, qui est celle d^une perfide négociation, dans la suite de laquelle ils ont trompé leur entremetteur et leurs parties, le pape, le roi, les évéques et toute t Église. Comment ils engagèrent dans cette négociation, et des paroles qu'ils y donnèrent de ne point parler du fait de Jansénius.
11 découvrait aux évéques, par la simple relation du fait, Fartifîce des Jésuites, qui pour les tromper et pour leur faire rejeter la déclaration présentée au roi par cet unique sujet qu*on n'y témoignait par croire le fait de Jansénius, leur avaient en même temps dissimulé que cette déclation n'avait été donnée qu'ensuite d*un traité d'accommodement entre eux Jésuites et les disciples de saint Augustin, dont le fondement avait été [de ne point engager les derniers à croire le fait de Jansénius*].
Le troisième article contenait une Relation de ce qui s'était passé depuis la venue du prélat entremetteur d Paris. Du prétexte que les Jésuites avaient pris pour autoriser leur manquement de parole en rejetant l'affaire sur le fait de Jansénius, ce qui avait été cause de la première rupture.
Le quatrième article racontait le Nouvel artifice dont les Jésuites s'étaient servis pour renouer cette négociation qu'ils avaient rompue encore une fois^ et il y était prouvé que la relation qu'ils faisaient courir dans Paris faisait voir que le P. Annat n'y avait jamais agi qu'avec un dessein de tromper l'entremetteur et les parties.
Le cinquième article contenait une Continuation de Vhistoire de C accommodement. Qu'il y en avait eu qui s'en étaient retirés depuis la seconde rupture. Il y était parlé des deux déclarations, l'une latine et l'autre française. Que n'ayant que le même sens, les Jésuites y avaient donné des interprétations toutes différentes pour en tirer de différents avantages.
i. Toot ce membre de phrase a été omis au ms. On Ta reconstitué d'après le texte d'Ârnauld.