‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 2)Chapitre 395 sur 455 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

M. l'ahbé Le Roi écrit à M. Le Tellier sur la signature du formulaire, répond à M. l'abbé de Prières, et lui envoie une déclaration.

Quelque motif qu'eût pu avoir Tabbé de Prières en écrivant à celui de Haule-Fontaine, Pavis qu'il lui donnait ne lui parut point une chose qu'il dût négliger. Et comme il avait un grand attachement de famille avec M. Le Tellier, secrétaire d'État, dont M Le Roi, son frère, avait été depuis longtemps premier commjs, il s'en expliqua par cette lettre à ce minisire le 16 décembre :

« Monsieur,

f Dans les conjonctures présentes, après les avis que je reçois, il me semble que je manquerais à la conûance que vous m'avez tant obligé d'avoir en votre bonté, si je ne me donnais la hardiesse de recourir à vous, non seulement en vous considérant comme un asile particulier et précieux que la Providence divine m'offre sur la terre, mais encore en vous regardant, dans le rang que Dieu vous fait tenir en l'État, comme un protecteur public et universel de Tinnocence et de la justice.

« Je vous avoue, monsieur, que m'étant retiré en cette abbaye {comme en un exil volontaire où je suis dans une entière solitude, et où je pourrais être regardé comme un

1. Le ms. donne, sur deux colonnes, le latin et le français. Les éditeurs d'AruauId (t. XXII, p. 652) se sont contentés d'imprimer la traduction française.

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un homme qui ne vivrait plus, je m'attendais d*ôtre à couvert de toutes sortes d'agitations et de tempêtes. Cependant on me donne avis que beaucoup de personnes se disposent à troubler le repos de ma retraite, et qu'il y a quatre abbés, au nombre desquels on me met, qu'on a dessein de pousser à bout. Ce sont les propres termes d'une lettre que Ton m'écrit. Je me suis d'autant plus étonné de cette résolution que je ne croyais point avoir d'ennemis, ni que d'ailleurs il y eût dans le monde des personnes assez cruelles pour vouloir tourmenter un ecclésiastique dans un lieu aussi éloigné que l'est celui-ci de toutes les affaires et de tout le commerce du siècle, et dans lequel je ne demeure que pour travailler à mon salut. M. l'abbé de Prières et les religieux de sa réforme qui sont établis ici pourraient être des témoins assez irréprochables du peu de sujet que Ton a de se plaindre de ma conduite et d'avoir mes sentiments pour suspects. Je n'en ai point d'autressur la doctrine delagràcequeceux que l'on m'a appris dès mon enfance parles prières communes, par les catéchismes, par les quatrains de Pibrac. On voit dans ces catéchismes des enfants et dans ces quatrains, que c'est Dieu qui nous fait croire, qui nous fait espérer en lui, qui nous donne son amour par un don effectif et particulier ; que c'est lui qui nous fait surmonter les tentations et qui nous empêche de consentir au mal ; qu'il fait en nous sa volonté quand il lui plait en nous faisant vouloir le bien ; que c'est lui qui nous donne un cœur propre à Tadorer; qu'il est l'auteur de toutes nos bonnes œuvres, et que c'est lui qui les fait en nous. Voilà, monsieur, tout ce que je crois et tout ce que je sais de la grâce J.-C ; voilà tout ce que j'en ai appris sans l'entendre dès que je n'avais que six ou sept ans. De sorte que le peu de lecture que j'ai faite de l'Écriture sainte et des Pères n'a fait que me faire entendre et que développer dans mon esprit ce que la mémoire y avait mis dès mes plus tendres années. Par la grâce de N.-S., je me sens tellement attaché à l'Église^ à sa doctrine et à sa foi, à ses règles et au respect que l'on doit aux puissances spirituelles, que je m'exposerais de bon cœur à la perte de mille vies, s'il était possible que je les eusse les unes après les autres, plutôt que de me départir à cet égard du moindre de mes devoirs. Et quant aux cinq propositions, j'ai toujours déclaré de bonne foi à toutes les personnes qui me

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