‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 2)Chapitre 59 sur 455 · V. Œuvres d'Àmauld, t. XXI, p · texte numérisé non relu

V. Œuvres d'Àmauld, t. XXI, p

g4 MÉMOIRES ÛE ÛODEPRÔI HERMANT

Si l'embarras de M. Arnauld était grand, celui de M. Hermant n'était guère moindre. Outre le partage de ses amis de [Paris], il se voyait encore menacé de voir à Beauvais une petite division entre ceux de Beauvais ; et M. d'Andilly lui écrivait avec tant de chaleur pour se plaindre de la trop grande fermeté de M. Arnauld à rejeter ce projet qu'il eût eu besoin d'une plus longue et plus sérieuse délibération pour résoudre ces nouvelles difficultés, qui renaissaient de jour en jour les unes sur les autres. Ce fut ce qu'il témoigna le 24 à M. Arnauld, après avoir reçu cette précédente lettre, qui commençait à l'éclaircir des motifs et des circonstances extérieures de cette affaire, qui lui paraissait ruineuse, et sa réponse fut assez ample, mais incapable de donnera ce docteur la satisfaction qu'il en attendait.

Voici ce qu'il lui manda * :

« Je n'aurais jamais cru que l'affaire en dût être réduite au point où je la vois par votre lettre d'hier, ni que tout le reste de ma vie je dusse recevoir de votre part une telle consultation. Car qui suis-je d'une part pour vous donner des avis dans la plus importante affaire de l'Église sans craindre de condamner de scrupule l'amour tendre que vous avez pour la vérité? Et qui suis-je de l'autre pour empêcher la paix de l'Église en condamnant la condescendance de ces amis si éclairés à qui ce dernier projet paraît si avantageux, parce qu'ils croient que la vérité n'y est nullement blessée? Quand nos adversaires n'auraient remporté aucun avantage plus considérable que celui-là, ils ont déjà beaucoup avancé dans leur négociation, puisqu'ils nous divisent les uns des autres, et qu'ils nous ôtent une très grande partie de notre consolation intérieure, en nous privant de la parfaite correspondance de ceux dont nous connaissons la lumière et la sincérité. On ne change pas seulement la face extérieure du théâtre par cette suite continuelle de nouvelles propositions; mais on change encore la disposition de nos esprits en leur ôtant tout ce qui était capable de les soutenir par l'estime de ceux avec qui la charité les unissait si étroitement. Ce n'était pas jusqu'ici une raison peu considérable pour nous faire demeurer

î. Cette lettre ne se trouve pas dans les Œuvres d' Arnauld; l'éditeur en donne seulement l'analyse en quelques mots.

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